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Cinéma

Gérardmer 2008 - Jour 3 : Un parfum d'apocalypse...

26 janvier 2008

Vendredi 25 janvier 2008

Réveil matinal pour se rendre à nouveau au Cinéma Paradiso et assister à la suite de la sélection des Inédits vidéo.

END OF THE LINE / STEEL TRAP

La journée commence donc avec le quatrième long-métrage du canadien Maurice Devereaux, le très flippant “End of the Line”. Une jeune infirmière prend le dernier métro quand celui-ci s'arrête brusquement au milieu du tunnel. Un groupe d'illuminés religieux, croyant que la fin des temps arrive, attaque brutalement les passagers dans l'espoir de sauver leurs âmes... Voilà pour le pitch de ce film étonnant. Faisant parfois penser au cinéma de John Carpenter dans son utilisation habile du fantastique, “End of the Line” effraie et amuse à la fois. Effraie lorsqu'il reste un vrai film d'horreur, avec ses créatures démoniaques, ses meurtres violents et son atmosphère suffocante de fin du monde. Et amuse, parfois, lorsqu'il s'attache à décrire le fanatisme sectaire des illuminés, sorte de Témoins de Jéhova hystériques et armés de poignard-crucifix ou d'épées bien tranchantes. Une bonne surprise.

On fait l'impasse sur le navrant “Paradise Lost”, déjà vu, pour continuer avec le slasher “Steel Trap”. Des convives coincés dans un immeuble désaffecté le soir du Nouvel An sont massacrés un à un par un tueur masqué. Rien, ou presque, à sauver de ce film assez indigent, formellement très moche et d'une bêtise insondable. Visiblement influencé par la saga des “Saw” (avec énigmes, jeu de piste et meurtres à foison), le jeune Luis Camara se contente du service minimum, enchaînant les meurtres jusqu'à un twist final des plus nazes. Et en plus, c'est même pas gore !

THE BROKEN

Après un repas bien mérité, direction l'Espace Lac pour la projection de “The Broken”, présenté en compétition. Second long-métrage de Sean Ellis (présent dans la salle), réalisateur anglais remarqué avec “Cashback”, “The Broken” déçoit. Variation arty et poseuse sur “L'Invasion des profanateurs de sépultures”, cette histoire de doubles maléfiques et de perte d'identité n'est guère convaincante. Malgrés ses acteurs inspirés (en particulier Lena Headey) et son atmosphère envoutante, on reste de marbre devant ce livre d'images froid et désincarné. Cinéaste exigeant, Sean Ellis se réfère à Edgar Poe, pratiquant un fantastique du symbole, dans lequel miroirs et reflets emplissent l'écran jusqu'à submerger le spectateur. Si quelques scènes retiennent notre attention (le meurtre de la jeune Kate par son double), l'ensemble se révèle vite prétentieux et creux.

REC

On continue dans la compétition avec l'un des films les plus attendus, le déjà culte “REC” de Jaume Balaguero & Paco Plaza. Venus présenter leur film, le duo terrible s'est vu ovationné avant et après la projection, signe de la qualité certaine de leur cinéma. Collant aux basques d'une journaliste coincée dans un immeuble en quarantaine, les deux cinéastes nous offrent un exercice de style tétanisant. Entièrement vu par le prisme d'une caméra de reportage, “REC” joue sur notre perception des évènements pour mieux nous effrayer. Jouant avec les codes et les clichés du genre, Balaguero et Plaza scrutent avec minutie les moindres recoins de cet immeuble devenu une antichambre de l'enfer, les meurtres et les attaques de contaminés nous plongeant en pleine apocalypse.

Rarement un sentiment de terreur pure n'aura été aussi prégnant. Au travers de scènes chocs proprement hystériques (l'appartion de la gamine, l'attaque de la grosse dame au début), “REC” nous fait passer du rire aux hurlements (le film est par moment très drôle), par le biais d'une mise en scène sous tension et d'un montage d'une efficacité redoutable. On passe ainsi de plans séquences à l'épaule à des scènes ultra-cut, l'absence de musique renforçant l'impact de l'histoire. Mené de mains de maîtres par deux cinéastes surdoués, “REC” est un bijou d'horreur, un concentré d'émotions diverses et contradictoires, qui ne laisse personne indifférent, ovationné par le public après une projection survoltée.

SHROOMS / ALL THE BOYS LOVE MANDY LANE

Difficile d'enchaîner après un tel choc, mais il faut retourner dans la salle pour les projections de deux films présentés hors-compétition. Le premier, “Shrooms”, est un film d'horreur irlandais réalisé par Paddy Breathnach. Des jeunes américains se rendent sur l'île verte pour camper et prendre des champignons hallucinogènes. Après que l'une d'entre eux ait un peu abusé sur les plantes vertes, elle commence à souffrir d'hallucintions terrifiantes. Et c'est partit pour 1h30 de mauvais cinéma. Alignant tous les clichés avec un aplomb stupéfiant (adolescent obsédé, héroïne irréprochable, ploucs dégénérés adeptes de psychotrope, forêt hantée et malédiction terrifiante, tout y passe), “Shrooms” est un pseudo-slasher ni drôle, ni stressant et surtout pas gore. Juste mauvais.

Ne pouvant finir la journée sur une fausse note, on reste dans la salle pour le deuxième film de la soirée, l'inattendu “All the Boys Love Mandy Lane”. Et on peut dire qu'on a bien fait, tant ce film est une réussite. Convoitée par tous les garçons du lycée, Mandy Lane est invité à passer un week-end de folie dans un ranch. Et le massacre de commencer. Slasher basique dans son approche (des teenagers, un décors envoutant, un tueur hargneux), le premier film du talentueux Jonathan Levine est des plus réussit. Bénéficiant d'une mise en scène élégante aux couleurs chaudes et envoutantes (le scope est de rigueur), “All the Boys Love Mandy Lane” s'impose rapidement grâce à son casting ingénieux (mention spéciale à la jolie Amber Heard, objet de toutes les convoitises) et son scénario touchant, la caractérisation exemplaire des personnages finissant de nous plonger dans ce film efficace et atypique. La deuxième partie, accès sur les meurtres, prolonge agréablement ces prémisses épatantes, et Levine, sans verser dans le gore outrancier, mène sa barque jusqu'au bout, sans jamais oublier son histoire et ses personnages. Mon coup de coeur du festival.

Frederic Wullschleger Envoyer un message au rédacteur