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THE SWORD WITH NO NAME

Un film de Kim Yong-kyun

Par la pointe de l'épée

Ja-young, la future reine du royaume Joseon (Corée), fait la rencontre du mystérieux mais sympathique Moon-Myoung. Le jeune garçon en tombe amoureux et se fait le serment de la protéger. Après avoir incorporé la garde royale pour se rapprocher d’elle, il va avoir fort à faire en cette période troublée par l’arrivée de nombreux étrangers et de japonais réticents à l’ouverture de la Corée vers le monde occidentale.

Avec un tel pitch, on peut s’attendre à un spectacle digne des grandes productions récentes asiatiques, tel que « Les Trois Royaumes », « Les Seigneurs de la Guerre », voire (plus ancien) le coréen « Musa ». Il n’en est malheureusement rien, et c’est bien dommage, car le film reste pourtant bourré de bonnes intentions.

A trop vouloir en faire, Kim Yong-Kyun oublie de se concentrer sur tous les aspects de son film. Bien que chaque élément soit formellement réussi, il n’y a jamais de parti-pris, ne serait-ce que sur le genre de film que l’on est en train de voir. Histoire d’amour ? Film historique ? Film de fantasy ? Ce fourre-tout fait que l’on ne sait jamais sur quel pied danser, ni quelle attitude prendre par rapport aux images. Alors que dans chaque style, le réalisateur aurait créé une histoire bien au-dessus de la moyenne, il se perd et nous entraîne par la même occasion dans la confusion, faute de conviction stylistique.

Le film s'ouvre par une scène montrant un temple se faire réduire en cendres et ses disciples massacrés, dont les parents du héros. Allusion directe à « Conan le Barbare » de John Milius (dans les deux films, les héros voient leur mère se faire décapiter sous leurs yeux), on peut s’attendre à un grand film de vengeance. Que nenni ! Pire encore, on peut s’attendre à ce que les différends religieux (à l’origine de la destruction du temple) soient au centre du récit, mais il n’en est rien….On se sent un peut roulé par tant de promesses dès l’ouverture.

Le choix de partir sur un film historique est assez motivant, car c’est une période très intéressante de l’histoire de l’Asie en générale et de la Corée en particulier, surtout au niveau de ses relations avec la Chine et le Japon. Le personnage central du récit, la reine Ja-Young, fut un personnage historique clé de cette période. Malheureusement, le réalisateur prend le parti de ne pas respecter la réalité historique et d’en utiliser le fond pour créer une histoire d’amour fictive. De ce côté-là, autant le personnage de Moon-Myoung est attachant, autant la reine reste insipide tout le long du récit.

On laisse finalement une chance au film en se disant que les combats vont rattraper le tout. En dehors du héros et son sabre original (une arme qui fera plaisir aux aficionados de « Final Fantasy 7 »), le personnage du garde du corps de la Reine, censé être le meilleur combattant du pays, ne manque pas non plus de charisme. Leur duel reste assez épique, pas tant au niveau des enjeux, mais plus dans la mise en scène du combat et l’idée proposée : quasiment aucun cut et un long plan séquence constitué de mouvements numériques. Pourtant, une fois de plus, la déception se fait ressentir : vous aviez probablement déjà vu ça mais en mieux, par exemple dans « Blade II » de Guillermo Del Toro. Une telle initiative à une époque où la mode est la surenchère du surdécoupage aurait pu réjouir, mais ce n’est pas le lieu pour de tels combats ! Il y a dès lors un décalage stylistique énorme entre les scènes de combats et le reste du film. Le ridicule est d'ailleurs atteint lorsque nos héros, combattant en intérieur, se retrouvent sur un fond représentant un glacier ! Heureusement la fin du film se retrouve filmée de façon plus modeste et propose de vrais moments de bravoure de la part des héros.

« The Sword with no name » n’est donc pas un mauvais film, mais plutôt un patchwork de ce qui aurait pu être trois, voire quatre bons films, dans des genres différents. Dommage, car il ne manque pas de bonne volonté, juste d’identité.

François ReyEnvoyer un message au rédacteur

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