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SHIELD OF STRAW

Un film de Takashi Miike

Western urbain de pacotille

Le grand-père d’une fillette sauvagement assassinée fait paraître dans le journal une publicité offrant un milliard de yens à qui tuera Kiyomaru, le meurtrier présumé. Ce dernier, désormais traqué, décide de se rendre à la police pour sauver sa peau. Mais il doit être transféré à Tokyo, là où sera jugé. Les agents Mekari et Shiraiwa sont alors chargés d’une mission impossible : assurer pendant le transfert la sécurité de l’homme le plus recherché du Japon…

Takashi Miike est capable du meilleur ("Ichi the Killer") comme du pire ("Visitor Q"). Sélectionné pour ce film en compétition du festival de Cannes 2013, c’est plutôt le pire qu’il nous a livré. Basé sur une intrigue somme toute originale, qui met en avant non pas le crime ou la traque du criminel mais la nécessité de maintenir une crapule en vie pour qu’il soit jugé, "Shield of Straw" (« Bouclier de paille ») se présente comme un western urbain frénétique. Certes les moyens sont là, comme en témoignent les impressionnantes scènes de carambolage et de tuerie collective liées aux tentatives d’attentat sur le criminel pointé. L’acteur qui interprète ce dernier est par ailleurs judicieusement casté, tant son faciès impubère contraste judicieusement avec la perversion du personnage.

Mais face à ces quelques atouts, la liste des fautes de goût est bien longue. Oscillant entre une représentation caricaturale de l’univers policier et le récit inlassable d’une traque sanglante, Miike se vautre dans un film stérile, qui s’essouffle vite. L’idée d’une menace permanente, qu’il faut déjouer au risque de sa vie malgré la culpabilité évidente du suspect, n’est pas dénuée d’intérêt. Mais au bout de vingt minutes, et presque autant de tentatives d’assassiner la cible pour empocher la récompense, on se demande comment le film va bien pouvoir évoluer. Et bien il évolue peu, ou bien à coup de grosses cascades et de scènes de tension répétitives. L’aspect désuet du métrage, qui semble tourné il y a dix ans, et les effets grandiloquents de la mise en scène, ne contribuent malheureusement pas à redorer l’ensemble.

Apparaissant comme une vaste blague mal fagotée, desservie par des acteurs plus mauvais les uns que les autres (à l’exception du suspect, qu’on n’embaucherait pas comme baby-sitter), le film se prend trop au sérieux pour faire rire ou captiver. Une parodie ? Si seulement. Un western urbain ? Littéralement oui, l’aspect épique en moins. Rien de bien motivant, donc, dans ce film qui, pendant plus de deux heures, enchaîne les idées déjà vues 100 fois.

Sylvia GrandgirardEnvoyer un message au rédacteur

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