CARANCHO

Un film de Pablo Trapero

Une nuit sans issue

En Argentine, l'insécurité routière est un véritable fléaux, avec plus de 22 morts par jour. Une médecin du SAMU, Lujan, fait un soir la connaissance de Sosa, un Carancho,c'est à dire un avocat spécialisé dans les accidents de la circulation, qui cherche dans les hôpitaux de nouveaux clients de manière peu honnête. Avec la possibilité d'un procès pour ou d'un accord entre assurance, chaque accident peut ainsi rapporter à sa firme, ainsi qu'à certains policiers corrompus...

Pablo Trapero ("Leonera") a présenté « Carancho », véritable phénomène en Argentine, au dernier Festival de Cannes, dans la section Un certain regard. Palpitant thriller rapprochant une médecin du Samu et un avocat véreux travaillant dans une Fondation qui propose aux accidentés ou à leurs familles, de récolter de l'argent en parle biais des assurances des autres. Une manne financière qui semble faire vivre bon nombre de gens, chacun prenant sa part au passage. Trapero installe tranquillement ses personnages, recentrant régulièrement l'histoire autour de l'idylle naissante entre Sosa et Lujan.

La force du film réside dans la puissance de sa mise en scène, qui nous plonge dans un monde nocturne, où tous les coups sont permis. L'argent étant le nerf de la guerre, Sosa s'est lui-même mis dans un sale pétrin en fricotant avec une bande pas très nette. Et pour s'en sortir, l'idée de faire cavalier seul lui vient naturellement à l'idée, entrainant dans son inconscient pas de deux, la belle et fragile héroïne, à qui il demande de le brancher avec un potentiel client. Et le récit, jusque là emprunt de quelques moments d'accalmie, discussion autour d'un café ou scène de drague sur fond de pari imbécile, prend un virage malsain, sur fond d'une corruption aux contours incertains.

L'histoire peut alors dégénérer progressivement Et ce petit univers apparaît rapidement comme sans issue pour nos amants devenus complices. Alternant gros plans proches des visages, et caméra à l'épaule pour les plans larges, Pablo Trapero brille par son inventivité et nous projète littéralement au cœur de l'action des secours ou des accès de violence qui entourent ses personnages. L'air de rien, la tension et le rythme augmentent en flèche, jusqu'à une mémorable scène de fusillade et d'accident qui vous scotche sur votre siège. Sans issue.

Olivier BachelardEnvoyer un message au rédacteur

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