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TALES

Un film de
Avec Golab Adineh...

Portrait en creux d'un Iran malade des règles et de l'excès d'administration

Un chauffeur de taxi accueille à son bord un homme de retour au pays. Il s'agit en fait d'un documentariste qui voudrait faire un film sur les problèmes des gens de son pays. Pour aider une autre cliente montée à bord avec son bébé dans les bras, il descend acheter des médicaments et une peluche. Mais quand il revient dans le taxi, celle-ci est déjà partie...

Récompensé par le prix du meilleur scénario au Festival de Venise 2014, Rakhshan Bani-Etemad expose, au travers des destins d'une quinzaine de personnages (dont sept principaux) qui se croisent ou se côtoient, la situation sociale de son pays, l'Iran. Au travers de dialogues travaillés et d’une mise en scène de situations alarmantes menant parfois au conflit, il donne à voir les difficultés du quotidien pour certains, et la vie en marge de la société pour d’autres. En ligne de mire, l'excès de morale et de règle, la rigidité de l'État et les lourdeurs de l'Administration, menant à l'exclusion des personnes différentes ou malades, au mépris des femmes et à la précarité du travail.

Si le film n'évite pas quelques caricatures au début (la vision du fonctionnaire fainéant et profiteur...), il n'en décrit pas moins les dysfonctionnements d'une Administration dont l'inefficacité réside dans une seule phrase prononcée par l'un des personnages : « Les gens eux-mêmes ont la solution à leurs problèmes ». Et c'est ainsi à une sorte de passage de témoins que l'on assiste, l'histoire tragique de l'un succédant à celle d'un autre, avec une certaine fluidité.

Dénonçant les arnaques faciles, le sentiment excessif d'honneur chez les hommes, osant montrer la toxicomanie et la maladie, la réalisatrice donne à voir l'existence d'un pan d'humanité dont le pouvoir tente de cacher l'existence, et introduit l'espoir d'une entraide. Grâce à l'apparition récurrente du personnage du documentariste, elle s'interroge en même temps sur le pouvoir du cinéma, sa capacité à montrer une certaine vérité, à éveiller les consciences et alarmer la communauté internationale, ceci à condition que les films puissent être vus. Messieurs les censeurs, à bon entendeur...

Olivier BachelardEnvoyer un message au rédacteur

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