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Alain Resnais

Réalisateur

« Génie », « immense réalisateur », « prodige », « l’un des plus grands réalisateurs français », les expressions ne manquent pas pour présenter celui qui vient juste de nous quitter, les superlatifs se succédant pour évoquer ce grand monsieur du Cinéma, dont les œuvres s’étalent sur plus de sept décennies. Alain Resnais faisait partie de ces metteurs en scène aux inspirations géniales, en quête perpétuelle de nouveautés artistiques. Entouré de ses fidèles, il est à la tête d’une des plus belles filmographies hexagonales, ce qui méritait bien un portrait, entre hommage et mélancolie.

Né le 3 juin 1922 à Vannes, Alain est très tôt sensibilisé au cinéma et aux différents arts. Mais le déclic a lieu à l’âge de douze ans lorsqu’il reçoit une caméra 8mm pour son anniversaire. Dès lors, le jeune gamin ne quittera plus jamais sa caméra, passant ses weekends à tourner différents courts métrages avec ses amis. S’il est également amoureux de la littérature et de la peinture, le garçon ne pense qu’à devenir acteur, celui-ci n’envisageant pas dans un premier temps de rester derrière l’objectif. À l’âge de 17 ans, il part ainsi pour Paris afin d’essayer de réaliser son rêve en s’inscrivant au Cours Simon. Renforçant sa cinéphilie en dévorant le plus de métrages possibles, Alain Resnais va progressivement se rendre compte qu’il prend le plus de plaisir lorsqu’il peut créer ses œuvres, capturer les évènements de la manière qu’il le souhaite. Admis à l’IDHEC (ancêtre de la FEMIS) dans la section montage, le jeune homme va ainsi pouvoir s’exprimer comme il le désire. Après-guerre, il mêle deux de ses passions, en réalisant des courts métrages d’arts (« Van Gogh », « Malfray », « Guernica » notamment) qui ravivent les critiques. Ses courts métrages lui permettent d’atteindre une certaine notoriété dans le monde cinéphile et de rencontrer d’autres réalisateurs avec qui il va composer le groupe de la « Rive gauche », collectif fortement engagé et très critique à l’égard des dérives politiques et du colonialisme. Son film anticolonialiste « Les Statues meurent aussi », coréalisé avec Chris Marker obtient le Prix Jean-Vigo en 1954, première récompense prestigieuse d’une longue série.

En 1956, il obtient à nouveau le Prix Jean-Vigo pour son documentaire sur la déportation et les camps d’extermination nazis, « Nuit et Brouillard ». Par un souci du réalisme et une recherche historique minutieuse, le réalisateur démontre comment de telles pratiques pouvaient être banalisées et pointe son doigt sur le risque de normalisation de l’antisémitisme, sans jamais tomber dans le sentimentalisme. En plus de critiques dithyrambiques, la qualité de ce film lui vaudra d’être inscrit au programme des troisièmes durant de nombreuses années. Mais c’est avec son premier long métrage qu’Alain Resnais va véritablement connaître la notoriété. En 1959, sort ainsi « Hiroshima mon amour », œuvre terriblement audacieuse dans sa forme et sa narration, traitant des traumatismes de la Seconde guerre mondiale par le prisme d’une relation amoureuse. Mais ce coup de génie, qualifié allègrement par le monde du septième art de chef d’œuvre, n’est pas dû simplement à la magie du premier film, mais bien au talent de son réalisateur. Deux ans plus tard, Alain Resnais est à nouveau porté aux nues par ses pairs pour « L'Année dernière à Marienbad », œuvre atypique et intemporelle en noir et blanc durant laquelle défilent des personnages fantomatiques. L’onirisme et le surréalisme de ce métrage, sa quête de l’expérimentation et de la nouveauté seront des marques de son cinéma, tout comme le thème de la mémoire et de l’héritage.

Son engagement politique ne s’estompa jamais, le cinéma étant pour lui un moyen efficace de décrier les maux actuels. « La Guerre est finie » lui permettra ainsi de s’attaquer au régime franquiste quand « Muriel, ou le temps d’un retour » traite de la torture durant la guerre d’Algérie. Il participa également au documentaire « Loin du Vietnam » et au manifeste utopique « L’an 01 ». Si certains le qualifient de cinéaste intellectuel, Alain Resnais est avant tout un immense cinéphile, multipliant ainsi les différents genres, avec par exemple la science-fiction pour « Je t’aime, je t’aime » ou le boulevard avec « Mélo ». Mêlant parfaitement son approche intellectuelle et ludique du cinéma, « Mon oncle d’Amérique » sur les thèses anthropologiques d’Henri Laborit lui vaut le prix du jury à Cannes et une nomination aux Oscars.

Mais les années 80 vont marquer un nouveau tournant dans sa carrière avec sa rencontre avec le trio Sabine Azéma, Pierre Arditi et André Dussollier, trois comédiens qui ne le quitteront jamais. Plus les années filent, plus le réalisateur va s’aventurer dans un cinéma populaire tout en renforçant la fantaisie des histoires racontées. Après « La vie est un roman » et « L’Amour à mort », il signe un véritable cri d’amour à ses comédiens avec « Smoking / No smoking », œuvre sur le hasard et les aléas de l’existence, dans lequel Sabine Azéma et Pierre Arditi interprètent onze rôles. Les années 90 voient naître sa collaboration avec le duo Agnès Jaoui et Jean-Pierre Bacri qui trouvera son point d’orgue avec le génialissime « On connaît la chanson », immense succès public et critique. Cette comédie musicale dans laquelle des chansons populaires prennent place dans les dialogues remporte sept Césars, et offre au metteur en scène son plus grand succès en salles.

Malgré les années et la fatigue, Alain Resnais continue d’exercer sa passion entouré de sa troupe, ne cessant jamais de prendre le même plaisir, chaque film étant pour lui une nouvelle occasion de se remettre en question et d’innover. De l’opérette au ton croustillant « Pas sur la bouche » à la comédie dramatique savoureuse « Cœurs », en passant par une histoire d’amour surréaliste avec « Les herbes folles », le metteur en scène traverse les années 2000 comme un éternel adolescent, le succès toujours au rendez-vous. En 2012, « Vous n’avez encore rien vu » raconte la convocation post-mortem d’une troupe de comédiens par un auteur qui souhaitait les réunir pour qu’ils jugent sa dernière pièce. Nouvelle déclaration d’amour à ses amis pour certains, film testamentaire pour d’autres, cette œuvre démontre surtout le talent d’Alain Resnais pour créer et décontenancer le spectateur.

Et alors que s’apprêtait à sortir sur les écrans « Aimer, boire et chanter », le réalisateur a décidé de nous jouer son dernier tour en nous laissant seuls avec ce titre aux allures de leitmotiv pour tous les cinéphiles dont la tristesse s’est emparé d’eux. Doté d’un « imaginaire colossal » pour Bertrand Tavernier qui souligne également sa tendance à « casser les frontières entre les genres », celui qui est décrit comme « exceptionnel » et « inclassable » par Pierre Arditi, fidèle parmi les fidèles, laisse derrière lui une filmographie incroyable, à jamais gravée dans l’Histoire de notre cinéma hexagonal. Aujourd’hui au Panthéon du Cinéma, son aura n’a pas fini d’influencer les cinéastes de la jeune génération. Les légendes ne meurent jamais…

Le saviez-vous ?

Resnais prépare méticuleusement chacun de ses métrages en amont, multipliant les recherches tel un documentaliste. Mais cet amoureux de l’improvisation aime être surpris par ses comédiens, c’est pourquoi il a pour habitude de donner à ceux-ci une biographie de leur personnage pour les aider à appréhender leur rôle pour ensuite pouvoir se dégager du script.

Filmographie sélective

2014 : Aimer, boire et chanter
2012 : Vous n'avez encore rien vu
2009 : Les Herbes folles
2006 : Cœurs
2003 : Pas sur la bouche
1997 : On connaît la chanson
1993 : Smoking / No Smoking
1991 : Contre l'oubli
1989 : I Want to Go Home (Je veux rentrer à la maison)
1986 : Mélo
1984 : L'Amour à mort
1983 : La vie est un roman
1980 : Mon oncle d'Amérique
1977 : Providence
1974 : Stavisky
1968 : Je t'aime, je t'aime
1968 : Cinétracts
1967 : Loin du Vietnam
1966 : La guerre est finie
1963 : Muriel, ou le Temps d'un retour
1961 : L'Année dernière à Marienbad
1959 : Hiroshima mon amour
1958 : Le Chant du styrène, documentaire
1956 : Toute la mémoire du monde
1956 : Nuit et Brouillard
1953 : Les statues meurent aussi

Olivier Bachelard Envoyer un message au rédacteur

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