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PAS SUR LA BOUCHE

Un film de Alain Resnais

Oh - pérette

A l'heure du thé, une jeune fille de bonne famille (Audrey Tautou), se confie à sa vieille fille de tante (Isabelle Nanty), lui avouant qu'elle a jeté son dévolu sur un jeune et prometteur artiste peintre de leurs fréquentations (Jalil Lespert). Elle ignore cependant que l'autre tante (Sabine Azéma) en a fait l'un de ses deux prétendants amants, qu'elle prend plaisir à éconduire, par amour pour son confiant de mari (Pierre Arditi)…

Surprenante idée que celle d'Alain Resnais de monter au cinéma une opérette des années 20, sans la remettre au goût du jour. Du charme vieillot qui se dégage des premières chansons, l'exercice devient vite pesant, le spectateur attendant impatiemment les parties parlées, relevant plus de la logique du vaudeville classique. Car à refuser l'adaptation dans une certaine modernité formelle (hormis lors des scènes de fins avec un rideau chatoyant et coloré qui sied bien en cette période de Noël), Resnais se coupe étrangement d'un décalage pourtant créé par le maintien dans le texte des expressions aujourd'hui disparues.

Le déplacement des acteurs, dans un champ de caméra qui reste peu mobile, est savamment calculé, et fait d'autant plus ressentir le manque d'imagination de l'opération. On pense au principe du remake de Gus Van Sant pour psycho, et on s'interroge sur l'intérêt de la chose… au cinéma. Mais comme le dit André Dussollier (qui ne figure pas au générique) dans l'amusante bande annonce du film, dans les films d'Alain Resnais, Sabine Azéma et Pierre Arditi sont toujours mari et femme, cela va de soi…

En effet l'humeur sautillante des deux acteurs est souvent communicative, et leur union relève d'une singulière alchimie, même quand ils sur-jouent comme ici. Face à eux, Daniel Prevost en fait résolument trop. Heureusement, Isabelle Nanty compose une célibataire fatiguée, râleuse, mais pleinement consciente de sa situation et de son pouvoir latent. Et Darry Cowl surprend en concierge portugaise ! Une demi-réussite, qui vaut donc essentiellement pour les comédiens.

Olivier BachelardEnvoyer un message au rédacteur

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