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CŒURS

Un film de Alain Resnais

Tristes chassés-croisés sous la neige

Thierry, agent immobilier, se donne beaucoup de mal pour trouver un appartement à Nicole et Dan, un couple de clients difficiles. A l’agence, Charlotte, sa collaboratrice, lui prête la cassette d’une émission qu’elle adore, un programme de variétés religieuses dont la vision troublera fortement Thierry. La soeur cadette de Thierry, Gaëlle, recherche secrètement l’amour, allant même jusqu’à recourir aux petites annonces. Dan, militaire de carrière expulsé de l’armée, passe ses journées dans le bar d’un hôtel où il confie ses mésaventures à Lionel, le barman. Pour assurer son service du soir, Lionel fait appel à une assistante à domicile bénévole pour s’occuper de son père, Arthur, un vieil homme malade et colérique. C’est Charlotte qui se présente. Et ainsi, le mouvement d’un personnage peut bouleverser le destin d’un autre sans pour autant le connaître voire même le rencontrer…

Dans son nouveau film, Alain Resnais nous plonge dans un Paris enneigé, à la poursuite de six personnages. Couple en instance de séparation, frère et sœur, rencontre d’un soir, client fidèle et barman, fils fatigué et garde malade, agent immobilier et cliente, les couples se croisent et se recroisent, se font et se défont.

Le point commun de ces personnages aux profils très divers ? La solitude. Chacun à leur manière, les binômes n’arrivent pas à communiquer. Ils se côtoient et conversent, mais sans se comprendre vraiment. Physiquement, le réalisateur appuie cette distanciation par des cloisons en plexiglas, ou de rideaux de fil, comme si chaque personnage se protégeait dans sa bulle. Les gros plans soulignent les bouches d’où s’échappent leurs propos, qui au final ne traduisent pas leur véritable état d’âme. A trop vouloir se protéger, on s’isole.

Chacun est emmuré, et ne parvient pas à s’extirper. Pour tromper cet isolement, ils ont tous leur stratégie : l’alcool, les petites annonces, les cassettes vidéo, la religion… Et si parfois l’illusion d’un rapprochement transparaît, chacun retourne vite dans sa geôle. Les caractères semblent se dévoiler, mais tout disparaît très vite. Le spectateur attend d’en savoir plus, mais le film le laisse perplexe. On attend une libération, mais aucun des personnages n’arrive à prendre la décision de combattre cet abattement. Le défaitisme assomme ces êtres condamnés, qui si près de leur échappatoire, optent pour la fuite.

Après une heure et demi de grisaille et de neige, de grimaces, cris et pleurs, un seul mot sur les lèvres : « bizarre ». Et un bon coup de vague à l’âme.

Anthony REVOIREnvoyer un message au rédacteur

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