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À L’HONNEUR : Tom Cruise en 10 rôles-clés

En parallèle du classement des meilleurs films avec Tom Cruise établi par Abus de Ciné à l’occasion de la sortie de "Top Gun: Maverick", plusieurs membres de la rédaction ont souhaité évoquer plus longuement certains films qui leur tiennent à cœur (et qui ne sont pas tous dans le classement précité). Voici donc une sélection « coup de cœur » de la filmographie de cet acteur-producteur qui reste au sommet de sa gloire 40 ans après ses premiers succès sur grand écran.

Tom Cruise a tourné avec quelques-uns des plus grands cinéastes. De quoi accumuler une sacrée quantité de personnages marquants ! Voici donc une présentation de 10 des rôles les plus emblématiques de sa carrière.

1986 // TOP GUN de Tony Scott – rôle : Pete « Maverick » Mitchell

"Top Gun" est un pur produit de son époque : un film à l’enrobage kitsch et macho qui crie fièrement « 1986 ! » en tendant la main dans l’attente d’un « high five ». Et "Top Gun", pourtant, est un long métrage qui n’a pas si mal vieilli que ça. Certes, il transpire la testostérone et sent un peu les vestiaires pour ados ; mais il parle aussi avant tout d’amitié, et de la manière dont son héros, Maverick, incarné par Tom Cruise, parviendra finalement à se remettre en question et grandir, pour son équipe. C’est, de manière plus confuse, un étonnant mélange entre un film de bonhommes et un film avec des bonhommes (en plus d’être en sueur tout le temps, les pilotes jouent au beach-volley torse nus au ralenti…), une comédie romantique, et un film expérimental qui filme des couchers de soleil beaux comme des feux d’artifice. Et puis il y a Tom Cruise. Tom Cruise si jeune. Tom Cruise à l’allure aussi intrépide que Maverick. Tom Cruise qui, en plus de porter les lunettes de soleil et le blouson en cuir comme personne, conduit une moto (face à un coucher de soleil, bien sûr, avec "Take My Breath Away" en fond sonore, évidemment). Facilement la palme d’or du personnage de fiction le plus cool de sa décennie.

Amande Dionne

1988 // RAIN MAN de Barry Levinson – rôle : Charlie Babbitt

En 1989, Dustin Hoffman recevait l’Oscar du meilleur acteur pour son interprétation de Raymond Babbitt dans "Rain Man". Ce trophée n’aurait pu être obtenu sans l’autre incroyable prestation : celle de Tom Cruise y incarnant son frère, Charlie Babbitt. Les premières apparitions de l’acteur nous le présentent comme l’allégorie même de l’homme d’affaires des années 80, la réussite financière en moins. Là où l’interprétation de Dustin Hoffman reste stable, aussi brillante soit-elle, le personnage interprété par Tom Cruise va connaître une sublime évolution. L’acteur opère de par son jeu une véritable métamorphose, pour voir finalement poindre les traces d’humanité qui lui sont propres. Ce rôle pourrait se résumer dans la mythique paire de Ray-Ban Clubmaster qu’arbore fièrement Tom Cruise. Une marque de condescendance au premier regard, mais surtout une barrière, une protection, une pudeur venant cacher son soi profond.

Romain Maltagliati

À l'honneur Tom Cruise en 10 rôles-clés Né un 4 juillet affiche

© United International Pictures

1989 // NÉ UN JUILLET d’Oliver Stone – rôle : Ron Kovic

Un an après avoir été absent des nominations des Oscars au profit de Dustin Hoffman, pour "Rain Man", Tom Cruise était enfin nommé pour sa performance dans "Né un 4 juillet" d'Oliver Stone, sans doute la plus marquante de sa carrière (qui lui a valu son premier Golden Globe à défaut de remporter l’Oscar). Il y interprète un jeune soldat revenant de la guerre du Vietnam, entre manque de considération, sentiment de déclassement et souffrance physique. Ce rôle d'homme en chaise roulante, patriote engagé, pris en étau entre les célébrations de façade de son supposé héroïsme et les manifestations d'une partie de la population opposée à la guerre, traduit bien le sentiment de jeunes vétérans d'appartenir à une génération sacrifiée, et surtout laissée pour compte à leur retour au pays. La scène où, diminué, il tente d'avoir une relation sexuelle, qui donne à la fois toute l'horreur et l'impuissance de sa situation, est tout juste bouleversante, et permet de saisir l'impressionnante palette de jeu de l'acteur.

Olivier Bachelard

1996-2018 // MISSION IMPOSSIBLE de Brian De Palma et ses suites – rôle : Ethan Hunt

La saga "Mission impossible" a commencé au cinéma en 1996 avec le premier volet réalisé par Brian De Palma, puis a été suivi de 5 autres opus (le second en 2000  réalisé par John Woo, le troisième en 2006 par J.J Abrams, le quatrième en 2011 par Brad Bird et les suivants en 2015 et 2018 par  Christopher McQuarrie) et doit se clore avec encore deux opus (prévus en 2023 et 2024 et toujours sous la direction de McQuarrie). Les réalisateurs se sont succédés et ont chacun apporté leur patte dans le volet qu'ils ont pu réaliser. La qualité ne varie que rarement (le second étant probablement le plus faible) mais cette franchise demeure supérieure à de très nombreux blockbusters qu'a pu produire Hollywood durant la même période.

Dans cette saga, Tom Cruise y incarne Ethan Hunt – peut-être le rôle le plus emblématique de sa carrière – un agent de la Impossible Missions Force. Un leader d'équipe, mais également véritable électron libre, toujours méfiant vis-à-vis du système et de sa hiérarchie, et qui doit sauver le monde à chacune de ses aventures. Au fil des opus, c'est devenu un personnage inarrêtable, qui ne recule devant aucun danger pour réussir sa mission (elle est impossible pour tout le monde sauf pour Ethan, voilà ce que pourrait être la tagline de la saga), chaque épisode nous offrant des moments de bravoure exceptionnels portés par un Tom Cruise qui pousse toujours plus loin le curseur en matière de cascades qu’il réalise lui-même. Un rôle physique mais pas uniquement, puisqu'il réussit à insuffler une certaine sensibilité à ce personnage derrière le côté actionner.

L'âge avançant, Tom Cruise et son alter ego fictionnel Ethan Hunt paraissent inépuisables et irremplaçables au sein de la franchise, comme si le temps n'avait pas d'emprise sur eux (seul la coupe de cheveux change au fil des épisodes) et ne laissant aucun espace à un autre personnage masculin qu'il soit allié (Jeremy Renner) ou antagoniste (Henry Cavill) qui pourrait remplacer Tom Cruise/Ethan Hunt.

Kévin Gueydan

À l'honneur Tom Cruise en 10 rôles-clés Eyes Wide Shut affiche

© Warner Bros.

1999 // EYES WIDE SHUT de Stanley Kubrick – rôle : Bill Harford

Une valse bien connue. Un mot de passe oublié. Un des plus beaux couples tourmentés de l’histoire du cinéma. Un Tom Cruise masqué et démasqué. Vous aurez bien reconnu l’ultime film de Stanley Kubrick : "Eyes Wide Shut". Tom Cruise, alors en couple avec Nicole Kidman au moment du tournage, y dévoile avec magnificence toute sa palette d’acteur. Hanté par les fantasmes de sa femme avec un autre, son personnage va se perdre dans les obscurs tréfonds d’une Amérique malade. Entre déambulations dans un New York poisseux et immersion dangereuse dans le cercle d’élites fanatiques, la démarche de Tom Cruise vient inexorablement se fixer sur les rétines du spectateur.  Tout en mystère et en subtilité, le jeu de l’acteur apporte une véritable aura nimbée de mystère et d’angoisse. Un Tom Cruise au sommet de son art.

Romain Maltagliati

1999 // MAGNOLIA de Paul Thomas Anderson – rôle : Frank T. J. Mackey

Même encore aujourd'hui, on peine à trouver mieux dans sa carrière d'acteur. La fresque chorale de Paul Thomas Anderson aura bel et bien donné chair à la meilleure prestation de Tom Cruise, allant même jusqu'à lui faire frôler l'Oscar du meilleur second rôle. Dans un rôle de gourou phallocrate soumis à une douloureuse introspection à la suite d’une interview sans fard (ce qui a le chic pour friser l'autocritique de ce statut de VRP scientologue dont Cruise est encore affublé) ; l'acteur déroule une à une toutes les nuances de son jeu, passant d'une émotion à l'autre, offrant à toute propension à l'ego-trip le soin de se manger le mur à chaque scène. Et le film lui-même ? Génial, perfusé à la grande époque de Robert Altman et à la dualité hasard/coïncidence de Claude Lelouch pour s'en aller finalement vers un existentialisme plus vaste, plus fou, plus universaliste... et même plus métaphysique. Le deus ex machina final, aussi insensé qu'impossible à anticiper, n'a jamais quitté l'esprit de tous ceux qui ont un jour admiré les contours et les couleurs de cette magnifique fleur cinématographique.

Guillaume Gas

2002 // MINORITY REPORT de Steven Spielberg – rôle : John Anderton

Rappelons brièvement le synopsis de ce film : au milieu du XXIe siècle, une organisation gouvernementale américaine, appelée « Precrime », permet d’intercepter et arrêter des criminels avant qu’ils n’agissent, grâce au don de précognition de trois individus mutants. Tom Cruise y incarne John Anderton, qui commande cette unité à Washington. Adapté d’une nouvelle de Philip K. Dick, le scénario réinvente ce personnage, initialement un homme marié sans enfants dans l’œuvre littéraire. Ici, Anderton est une sorte de justicier torturé, traumatisé par le kidnapping non résolu de son enfant – presqu’une sorte de Batman inversé – et également blessé par la rupture de son couple qui n’a pas résisté au drame. L’acteur campe ainsi un homme paradoxal : il est obsédé par une justice implacable ayant pour vocation d’empêcher les crimes au lieu de les juger (quitte à condamner des personnes techniquement innocentes au moment de leur arrestation) mais c’est aussi un citoyen qui se procure illégalement de la drogue pour supporter la douleur qui le ronge. C’est là toute la complexité de ce personnage admirablement interprété par Tom Cruise : son trauma est à la fois source de motivation et de faiblesse, et c’est avec cet équilibre qu’il doit composer tout au long du récit.

Raphaël Jullien

À l'honneur Tom Cruise en 10 rôles-clés Collatéral affiche

© United International Pictures

2004 // COLLATÉRAL de Michael Mann – rôle : Vincent

Tom Cruise qui joue un méchant ? C'est plutôt inhabituel. Et c'est donc impressionnant à voir : dans un registre de tueur melvillien avec regard perçant et brushing poivre et sel, l'acteur glace autant le sang du spectateur qu'il met à l'épreuve le pauvre Jamie Foxx par sa stratégie nocturne. Une performance bluffante qui fut au diapason du film lui-même : extrêmement méticuleux dans son approche tout en se laissant souvent aller à de l'improvisation et de l'expérimentation. Il n'en reste pas moins que l'acteur principal du film était davantage la ville elle-même que les figures mélancoliques qui la peuplent. Longtemps après le mythique "Heat", Michael Mann filmait alors Los Angeles comme aucun autre avant lui, via un tournage à 80% en vidéo haute définition lui permettant de capter toutes les nuances de la nuit californienne. Mais au travers du jeu du chat et de la souris qu'il met en place, le scénario (dont Mann n'est pour une fois pas l'auteur) active surtout une puissante et subtile étude de caractères dans un décor quasi baudrillardien, où des coyotes en perdition ne tardent pas à révéler le spleen et le questionnement existentiel qui les taraudent sous la carapace du professionnel à la vie réglée comme du papier à musique. Chef-d'œuvre.

Guillaume Gas

2005 // LA GUERRE DES MONDES de Steven Spielberg – rôle : Ray Ferrier

On a parfois tendance à réduire Tom Cruise à des rôles séducteurs et/ou héroïques. Pourtant, il a aussi incarné des personnages qui mettent du temps à devenir des héros positifs ("Le Dernier Samouraï", "Edge of Tomorrow"), d’autres encore plus antipathiques ("Entretien avec un vampire", "Magnolia", "Collatéral") mais aussi quelques hommes qui ne contrôlent pas grand-chose, avec "Eyes Wide Shut" et "La Guerre des mondes". Dans ce dernier, sa deuxième collaboration avec Spielberg, il endosse ce qui est peut-être, en apparence, le costume le plus banal de sa filmographie : Ray Ferrier, un docker divorcé qui n’a aucune envie de jouer les héros et qui passe quasiment tout le film à fuir avec ses gosses. Tantôt apeuré, tantôt observateur, souvent déboussolé, il est d’abord présenté comme un adulte puéril qui ne correspond guère aux normes du père responsable et protecteur. Si sa cadette a de la tendresse pour lui, elle se tourne plus facilement vers son frère aîné quand elle est vraiment en danger, et ce dernier rejette ouvertement son père, qu’il appelle symboliquement « Ray » au lieu de « papa ». "La Guerre des mondes" est un film de science-fiction évoquant métaphoriquement l’Amérique post-11-Septembre (traumatisme d’une attaque non anticipée, repli sur soi…) mais il s’agit aussi d’une œuvre puissante sur la parentalité : l’assumer n’est pas inné, cela demande efforts et apprentissage. Si Ray devient un peu héroïque sur la fin, c’est seulement parce qu’il devient enfin le père qu’il accepte d’être.

Raphaël Jullien

2008 // TONNERRE SOUS LES TROPIQUES de Ben Stiller – rôle : Les Grossman

On a déjà tout dit de cette comédie monumentale, clairement la meilleure jamais sortie de l'esprit siphonné de Ben Stiller. Non seulement la patte désormais très identifiable du bonhomme se repère dans chaque scène (un art du délire grotesque chargeant avec bonheur le monde de l'entertainment), mais la férocité dont il faisait preuve ici avait le bon goût de nous conforter dans un faux apriori : Hollywood n'est jamais aussi bon que quand il nous venge de tout le mal qu'il nous a fait. À partir d'un pitch voisin du "Three Amigos" de John Landis, la bande à Stiller aura accouché d'un summum d'humour satirico-trash, passant à la sulfateuse un cocon hollywoodien paumé dans sa propre masturbation artistique et laissant la bienséance marcher à l'aveugle sur un champ de mines (explosion garantie dès les fausses bandes annonces et la monstrueuse scène d'ouverture !). Le plus bel atout du film aura néanmoins été d'avoir attendu son générique de fin pour révéler l'identité de celui qui s'est glissé dans la peau d'un producteur simili-Weinstein taré, obèse, vulgos à l'extrême et buveur invétéré de Coca Light. On n'a jamais oublié le moment où son nom apparait enfin alors même que l'intéressé se livre à une danse hilarante ! Ce cher Tom n'avait honte de rien, et il avait raison !

Guillaume Gas

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