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LE DERNIER SAMOURAI

Un film de Edward Zwick

Un méa-culpa épique

Recruté par son pays pour aller former les divisions d'infanterie japonaise, un militaire américain, traumatisé par les épouvantables massacres des guerres indiennes, va découvrir une contrée et un code de l'honneur bien loin de son univers. Mais il ne restera pas longtemps imperméable à des coutumes qui l'amèneront à la découverte des derniers samouraïs...

Le nouveau film d'Edward Zwick retrace une partie méconnue de l'histoire du monde moderne : l'industrialisation du Japon et son ouverture au monde occidental. Mais cela n'est que le prétexte à narrer surtout la découverte d'un pays et de ses codes au travers d'un occidental pur jus, dont le passé trouble ne fait plus que l'encombrer. Car à travers le personnage de Tom Cruise, c'est tout un pan de l'histoire américaine qui une fois de plus tente de faire son mea-culpa.

Cette épopée d'un capitaine de l'armée américaine, épousant peu à peu par le corps et l'esprit, des tribus aux fonctionnements ancestraux, retrouve par moment des accents de Danse avec les loups. Certes, elle détaille avec précisions tous les points qui font le samouraï au sens réel du terme, du vêtement à ses manières de combattre. Ce Japon féodal qui ne se livre que par brides au travers des films et autres mangas. Un monde aux coutumes très proches de celle des indiens d'Amérique par l'honneur et la passion qui l'agite.

Car c'est travers de cette tribu rebelle, représentante d'un monde en perdition, et cela dès le début du film, que le jeune capitaine va faire son absolution des massacres commis au nom d'une nation dite civilisée. Le respect de ses adversaires et la défiance de ses pairs vont très vite faire de lui un paria, mais aussi un homme libre. Libre de penser ses actes passés et à venir, dans un monde qui au premier abord peut lui paraître hostile.

C'est ce portrait que le réalisateur décrit avec merveille, le tout joué par un Tom Cruise qui, même s'il tire la couverture à lui comme dans tous ses films, reste impressionnant dans un rôle de soldat dépressif cynique et noyé dans ses remords. Les personnages secondaires ne représentent en fait que le monde auquel il ne croit plus, ce monde qui grandi sans lui, aux dépends de l'honneur et du respect, engoncé dans ces valeurs mercantiles et cyniques. Cet inéluctable désespoir, est parfaitement retranscrit à travers le personnage du chef samouraï Katsumoto qui agite son héritage millénaire comme base de l'évolution de son pays au grand dam de ses ennemis.

Alors bien sûr on pourra reprocher au film la volonté de toujours trop vouloir en faire dans la mélancolie et la tristesse, mais de voir ces hommes se battre à 10 contre 1, engoncés dans des armures d'un autre age, face à une armée suréquipée des dernières trouvailles meurtrières semble être épique. Un mot qui revient très souvent à la mode en ces temps. Les batailles sont filmées de près comme pour coller au cœur de ces combats où le sabre inspire tout aussi bien la peur que le respect. Un des mots les plus sous-entendu de ce film.

En fin de compte un film aux accents épiques où la découverte d'un monde différent par un homme en quête de rédemption, n'arrêtera ni le progrès ni l'histoire en marche. Des combats aux costumes, tout semble en phase afin de donner au spectateur un bon film où la mélancolie prime sur l'action. Un bon début d'année 2004.

Guillaume BannierEnvoyer un message au rédacteur

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