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LA GUERRE DES MONDES

Un film de Steven Spielberg

Steven broie du noir

Ray Ferrier est un docker divorcé assumant mal son rôle de père. Quelques minutes après que son ex-femme et l'époux de cette dernière lui aient confié la garde de son fils Robbie, 17 ans, et de sa fille Rachel, 11 ans, un puissant orage éclate. Ray assiste alors à un spectacle qui bouleversera à jamais sa vie...

Confirmant la tendance crépusculaire de ses derniers films, Spielberg livre, avec l’adaptation du roman éponyme de H.G. Wells, l’une de ses œuvres les plus sombres. Débarrassé de considérations géopolitiques ou militaristes, le scripte concentre toutes les péripéties autour du microcosme formé par Cruise et ses deux enfants, là où la plupart des récents films catastrophes se sabordaient dans un patriotisme et un bellicisme lourdingues.

Spielberg saisit donc le drame familial à l’intérieur d’une invasion hors-norme. La confrontation de ces deux échelles est pour beaucoup dans la force d’un film hanté par la mort et un désespoir latent. Que ce soit métaphoriquement (l’exode massif et l’extermination systématique des populations renvoient inexorablement à la Shoah) ou prosaïquement (des humains qui s’entretuent pour une voiture), chaque scène converge vers une sorte de non-retour morbide qui prend sa forme la plus palpable lorsque Cruise se voit confronté à d’impossibles dilemmes (choisir quel enfant sauver, tuer un homme pour s’en sortir). Cette radicalité et cette noirceur rappellent qu’avant Jurassic Park ou E.T Spielberg était l’auteur brutal de Duel ou Les dents de la mer.

Outre ce ton inédit et salvateur qui permet au film de dépasser son statut de blockbuster estival, il vaut aussi pour la virtuosité extrême de sa réalisation. Car Spielberg demeure un technicien hors-pair dont le sens du spectacle et de la dramaturgie sont restés intacts. Il suffit de voir l’attaque extraterrestre pour s’en convaincre : renonçant à toute esbroufe hollywoodienne et bannissant tout sentimentalisme (en témoigne l’absence totale de musique durant l’invasion), Spielberg délivre une demi-heure de destruction pure qui restera gravée dans l’histoire du cinéma tant elle prend aux tripes et terrasse la rétine.

Dommage alors que ce flamboyant spectacle soit rattrapé in extremis par l’éternel optimisme du cinéaste qui en bâclant un happy-end maladroit et expéditif nuit à l’ampleur globale du projet. Encore une fois le golden boy d’Hollywood ne va pas jusqu’au bout, confirmant que malgré son indéniable virtuosité et ses talents de conteur, il est aujourd’hui encore incapable d’être un artiste sans concessions.

Thomas BourgeoisEnvoyer un message au rédacteur

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