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TONNERRE SOUS LES TROPIQUES

Un film de Ben Stiller

Les Charlots rejouent Apocalypse Now

Cinq egos surdimensionnés au service du « plus grand film de guerre de tous les temps ». Sur le papier, ça se tient (ou presque), mais sur le tournage tout dérape : les caprices des stars et l’incapacité du réalisateur font grimper les frais à une allure vertigineuse, au point que le studio veut tout arrêter… C’est alors que le réalisateur a l’idée « géniale » d’entraîner sa petite troupe au cœur du Triangle d’Or pour une expérience de « cinéma-vérité » d’un genre inédit… et mortel !

Ils sont cinq comédiens très bankables et aussi très bêtes ; cinq stars américaines pouvant se vanter d’avoir engrangé les uns une montagne d’Oscars, les autres plusieurs millions de dollars de bénéfices au Box-Office ; cinq hommes virils mais chochottes sur les bords qui se perdent dans la jungle vietnamienne pour les besoins d’un film de guerre : on sent bien qu’ici, plus que l’industrie du cinéma hollywoodien, ce sont ses représentants artistiques qui seront les cibles de la caricature, depuis les acteurs jusqu’au producteur mégalomane.

La séquence d’introduction de « Tonnerre sous les tropiques » réactive d’abord très sérieusement toute l’imagerie inhérente aux films sur la guerre du Vietnam, depuis la Chevauchée des Valkyries version hélicoptères de « Apocalypse Now » jusqu’à la mort de l’officier devenue l’image iconique de « Platoon », avant de verser dans la pitrerie lorsque Ben Stiller et Robert Downey Jr. tentent vainement de jouer une scène dramatique entre deux soldats, tandis qu’un Jack Black survolté, accroché à un hélicoptère de pacotille, ne cesse de gesticuler comme un forcené.

Vulgaire et souvent potache, « Tonnerre sous les tropiques » n’hésite pas à taper fort en-dessous de la ceinture – mais cela ne devrait pas effrayer les habitués du saltimbanque Stiller qui en fait toujours plus pour en faire trop. A la fois extrême dans sa démarche (le film est précédé de plusieurs polémiques comme souvent insensées, dont celle concernant le maquillage de Robert Downey Jr. en acteur noir, pourtant l’une des idées les plus drôles du long-métrage) et tordant pendant près de deux heures, ce « Tonnerre » réussit l’exploit, tel la foudre, de ne jamais frapper les zygomatiques deux fois au même endroit : tout le spectre de l’humour y est traversé avec une bonne humeur constamment renouvelée. Et, contrairement à tout un pan du cinéma comique américain qui n’ose finaliser sa démarche et s’oblige à instiller in fine quelques brins d’émotion, « Tonnerre » parvient à conserver jusqu’au mot « Fin » le même niveau de bêtise sublime, y compris et surtout dans son délirant générique (saurez-vous reconnaître l’acteur secret qui se dissimule derrière les traits du financier ?).

Immanquable, donc. Surtout qu’en sourdine, « Tonnerre sous les tropiques » propose une double réflexion, pour le coup pas si bête, sur la place du cinéma dans la réalité et sur les rapports conflictuels entre l’acteur et les personnages qu’il incarne. La mise en abîme amorcée par la séquence d’ouverture est donc poussée jusqu’à son apogée : c’est un film qui reprend un (genre de) film et dans lequel on essaie de tourner un autre film.

Une même spirale infernale emporte la question de l’identité, traitée principalement à travers le personnage joué par Robert Downey Jr., comédien spécialisé dans la transfiguration physique en vue de ses rôles et qui éprouve de plus en plus de mal à retrouver son vrai « moi » derrière les costumes qu’il ne cesse de revêtir. Derrière la potacherie ambiante fourmillent donc de véritables pistes de pensées sur le monde du cinéma, et c’est une raison de plus pour courir voir cet OVNI en perpétuel équilibre entre rire sobre et rire gras.

Eric NuevoEnvoyer un message au rédacteur

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