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SPIDER-MAN : FAR FROM HOME

Un film de Jon Watts
 

Far from Homecoming, fortunately

Peter a pour projet de laisser son costume de super-héros derrière lui pendant quelques semaines, du fait d’un voyage scolaire à travers l’Europe où il a bien l’intention de séduire MJ. Mais ses plans vont être perturbés lorsque Nick Fury le réquisitionne pour éclaircir le mystère de créatures venues d’une autre dimension. Il va devoir les affronter, avec l’aide d’un certain Mysterio, venu de la même dimension…

Spider man Far from Home film image

En 2016 Spider-Man faisait son apparition dans le Marvel Cinematic Universe sous les traits de Tom Holland en intégrant l’équipe de Tony Stark (alias Iron Man) dans "Captain America : Civil War", avant d’être mis en avant en 2017 dans "Spider-Man : Homecoming". Il s’agit de la quatrième version du personnage au cinéma, qui succède aux premiers films réalisés dans les années 70 avec Nicholas Hammond, à la trilogie de Sam Raimi (avec Tobey Maguire) et aux deux films de Marc Webb (avec Andrew Garfield). Le super-héros a fait l’objet d’une mise à jour pour être plus en phase avec l’époque actuelle et sa génération d’adolescents telle que la perçoit le studio Marvel. C’est ainsi que nous nous sommes retrouvés avec un gamin amateur de selfie, qui passe son temps à s’amuser avec les jouets de Tony Stark, pendant que son copain geek l’aide en sous-main. Un Spider-Man équipé d’un nouveau costume à la pointe de la technologie, connecté et doté d’une intelligence artificielle. Malheureusement "Homecoming" fut complètement coulé par un scénario médiocre, ennuyeux, avec un méchant sans intérêt… bref, c’était raté. Heureusement, "Far from home" relève largement le niveau.

Pas de changement radical, nous restons sur la même ligne thématique. Peter Parker doit gérer l’équilibre de sa double vie : préserver sa vie d’adolescent normal, tout en assumant les missions que lui octroient son statut de héros. Mais l’idée géniale qui singularise cet opus est d’utiliser le prétexte d’un voyage scolaire en Europe pour multiplier les lieux de décors iconiques et donner une identité visuelle propre à chaque étape du récit. Ainsi à l’instar de la formule des James Bond, les différentes séquences de combat qui jalonnent le film sont considérablement renforcées par leur environnement culturel. Le style architectural et l’ambiance des plus belles villes européennes (comme Venise et Londres) crée une rupture bienvenue par rapport à l’esthétique New Yorkaise qui entoure traditionnellement ce personnage.

Le nouveau méchant, Mystério, est quant à lui beaucoup plus consistant que le Vautour du précédent opus. Si ses motivations ne sont pas très convaincantes, son interprétation et sa mise en scène sont bien plus soignées. Son mode opératoire consistant à manipuler notre vision de la réalité ouvrait des perspectives très intéressantes que le réalisateur a su très bien manier. Chacune de ses apparitions dynamise l’histoire en nous offrant des visions spectaculaires qui correspondent à sa vocation de magicien diabolique, cherchant à détourner l’attention du public pour parvenir à ses fins. Sa première confrontation avec Spider-Man donnera lieu à une scène de « réalité virtuelle » somptueuse, menée de manière virtuose et audacieuse, afin nous étourdir complètement.

Malgré des défauts persistants propres à la nouvelle version du personnage et une orientation générale trop portée sur la dérision, héritage de l’esprit MCU, "Far from home" est une bonne comédie d’aventure, bien rythmée, surprenante et visuellement attractive.

David ChappatEnvoyer un message au rédacteur

Une araignée loin de son quartier… et loin de l’âge d’or de sa saga

Second opus des aventures de l’araignée intégrées au MCU (Marvel Cinematic Universe), "Spiderman : Far from Home" a la lourde tâche de relancer la franchise après la conclusion plutôt réussie d’ "Avengers End Game". Mais il doit aussi poursuivre la licence Spider-man en elle-même, en succédant à l’incroyable "Spiderman New Generation", qui fut ni plus ni moins l’un des meilleurs films d’animation de ces dernières années. Et si Jon Watts nous propose un divertissement correct, le film ne s’envole jamais vraiment et reste la production Marvel lamba, un peu comme les deux films consacrés à "Ant-Man".

Ce qui pose le plus de problème au niveau de l’écriture, est probablement son inclusion très maladroite au reste de la saga Marvel, notamment par rapport à la thématique de la transmission et de l’héritage de Tony Stark, qui sort complètement de nulle part. En effet, on a bien du mal à s’imaginer que Tony Stark a eu le temps de préparer tous les plots twists présentés dans ce Spider-man, sachant qu’au vu des évènements d’ "End Game", Peter Parker avait disparu depuis cinq ans, et qu’il n’avait aucune idée si leur plan pour ramener tout le monde allait marcher. C’est d’autant plus dommage que cet aspect s’avère être la thématique principale de ce film, constituant de plus le pivot narratif pour toute la progression psychologique de Peter. Une progression elle aussi étrange, car elle avait déjà eu lieu dans "Infinity War" (pour rappel, Parker voulait absolument jouer un rôle chez les Avengers, alors qu’ici il semble être retourné au début de son parcours psychologique).

Autre exemple de mauvaise intégration au MCU, les deux fameux claquements de doigts, qui avaient un fort potentiel dramatique dans les films post "End Game", ne sont utilisés ici que pour l’humour, là où on aurait pu par exemple évoquer le choc de ceux qui étaient resté au retour des disparus, ou la réintégration de ces derniers dans un monde qui avait avancé sans eux pendant cinq ans. Ici tout sérieux est sacrifié au nom du sacro-saint humour, ce qui n’est pas un défaut en soit, mais enlève un potentiel point fort au film.

Mais si le film accuse ce défaut d’écriture quant à l’intégrité de la saga, il en possède également quant à son intégrité propre, certaines scènes étant assez mal amenées. La plus flagrante reste toute la péripétie dans le bus avec l’agent allemande et le téléphone de Brad. On sent que tout ça ne sert qu’à introduire les drones en tant que set-up et qu’au final, cette séquence n’aura aucun impact sur le reste de l’histoire. D’autant plus que tout l’enchaînement fait très forcé, car toute cette situation aurait pu être désamorcée bien plus facilement vues les capacités des lunettes de Peter. De plus, cette séquence alterne entre scène comique et scène d’action héroïque et (mal) iconisée, ayant ainsi constamment le « cul entre deux chaises », et trahissant la superficialité de ses propres enjeux.

En revanche, le dosage de l’humour est très bien calibré, les blagues faisant toujours mouche et ne désamorçant jamais les enjeux plus dramatiques, contrairement à d’autres productions Marvel comme "Doctor Strange" pour ne citer que lui. On notera aussi un personnage de Mysterio plutôt réussi, même si l’on aurait souhaité une métaphore peut être un peu plus poussée et des motivations moins fragiles.

En ce qui concerne la réalisation, rien de bien passionnant, Jon Watts se contentant de filmer l’action de manière efficace, mais sans être époustoufflant. On notera cependant un peu plus d’ambition que dans le premier opus au niveau des séquences d’action, avec une caméra qui, sans atteindre la virtuosité de Sam Raimi, virevolte un peu plus que dans "Homecoming", ceci pour notre plus grand plaisir. On notera cependant un morceau de bravoure , avec la séquence des illusions, assez impressionnante il faut l’admettre. Au final, si "Spider-man Far from Home" reste un divertissement d’une qualité honnête, il fait preuve d’une mauvaise intégration au reste du MCU, et de quelques défauts d’écriture qui l’empêchent de rester mémorable et le cantonne au bon petit divertissement léger de l’été. Par ailleurs, restez bien jusqu’à la fin du générique, certaines incohérences du scénario au premier regard sont en effet expliquées assez intelligemment dans la seconde scène post-générique.

Ray LamajEnvoyer un message au rédacteur

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