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WE ARE SOLDIERS

Un film de Svitlana Smirnova
Avec

Étonnamment lumineux

Depuis 2014, l’Ukraine est guerre contre les séparatistes du Donbass, lequels sont soutenus par la Russie. Dmytro, Oleksii et Anatolii sont trois combattants volontaires. Blessés au front, ils se rétablissent dans l’hôpital militaire de Kiev et essaient de penser à l’avenir…

We are soldiers film image

Initialement comédienne, Svitlana Smirnova s’est portée volontaire pour aider les soignants auprès des soldats blessés lors de la guerre du Donbass et a eu l’idée d’en tirer un documentaire. Avec la gravité d’un tel sujet, on s’attend généralement à regarder un film sombre et morne, voire glauque. Rien de tout cela ici : "We Are Soldiers" s’avère singulièrement lumineux dans sa tonalité comme dans son esthétique (les plans sont magnifiques). Au sens propre comme au figuré, les rayons de soleil sont nombreux dans ce beau film sur la résilience et l’espérance.

On imagine que Smirnova n’avait que l’embarras du choix parmi les nombreux combattants hospitalisés et son film se concentre sur trois hommes d’âges et de milieux sociaux différents, qui ont au moins un trait en commun : ils pensent à l’avenir et trouvent (ou cherchent) des raisons d’espérer malgré la situation, s’accrochant à la moindre poussière d’humanité ou d’enchantement qui peut être leur portée. Si la mélancolie et la tristesse affleurent ça et là, le film et ses protagonistes cherchent constamment la lumière. Les sourires sont nombreux dans les séquences où chacun essaie de retrouver une certaine énergie voire joie de vivre, par tous les moyens possibles : musique, sport, humour, spectacles, drague, animaux de compagnie…

Bien que le point de vue soit foncièrement ukrainien, on ne saurait y voir du nationalisme. Tout juste a-t-on du patriotisme et on se garderait de trouver cela inopportun dans un tel contexte (sauf si on est un fan de Poutine aveuglé par sa propagande viriliste). Les trois hommes que suit Smirnova sont d’ailleurs des battants plus que des combattants, qui refusent d’être qualifiés de héros et font preuve d’un sens consommé de la modestie et du sacrifice. Si l’on est loin du discours antimilitariste, il n’y a pas non plus de glorification excessive ou déplacée de la guerre et de la violence (malgré le titre du film). Parfois, des vidéos du front permettent aussi de rappeler que la tragédie du conflit continue, et ces parenthèses dans le récit sont littéralement des balles qui fusent et qui heurtent. À travers les propos des trois blessés, on sent surtout la volonté de protéger. Protéger un pays, bien sûr, mais surtout protéger les futures générations. La scène du musée, par exemple, permet de mesurer l’ampleur de ce qu’a vécu le peuple ukrainien depuis plusieurs décennies. Et il y a aussi cette parole sage du plus jeune des trois (qui a 22 ans) : « Il ne faut pas combattre pour se venger mais pour notre avenir, notre famille ».

Il y a fort à parier que la forme doit beaucoup au monteur du film, Nicolas Desmaison (issu de La Femis, il a par exemple travaillé sur "Gente de bién", "Tristesse Club"", "Les Bêtises", "Shéhérazade" ou encore "Une mère incroyable"). La réalisatrice et lui abordent ainsi la mise en scène et la narration avec un art délicat de la transition, à travers une belle maîtrise des correspondances, des splits audio ou encore de quelques effets trompe-l’œil qui ajoutent une forme de suspense (dont un dès les premiers plans). Ponctuellement, l’utilisation de musique post-rock (des titres du groupe américain Explosions in the Sky) apporte aussi au film quelques envolées lyriques pour accompagner les efforts de reconstruction physique et psychologique des trois protagonistes. Au final, c’est émouvant mais sans pathos. Et c’est donc d’autant plus fort.

Raphaël JullienEnvoyer un message au rédacteur

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