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LE PETIT PRINCE

Un film de Mark Osborne

CONTRE : Niveau : 0 - La rose s’est fanée

Dans un futur proche, une petite fille se retrouve soumise à un emploi du temps strict par sa mère, afin d’espérer réussir d’importants concours. Un jour, son nouveau voisin, un aviateur excentrique, provoque un accident sur sa maison en voulant tester son avion réparé. Intriguée par ce vieil homme qui se comporte comme un enfant, la petite fille tombe sur un vieux manuscrit rédigé par lui, narrant l’histoire de sa rencontre avec un petit personnage nommé le Petit Prince…

Un cinéaste comme Luc Besson avait souvent tendance à définir le cinéma comme un moyen de soulager la tête et d’encourager les rêves. Une définition qui convient extrêmement bien au roman le plus célèbre d’Antoine de Saint-Exupéry, dont une hypothétique adaptation cinéma se faisait attendre depuis quelques années. C’est aujourd’hui chose faite sous la houlette d’une équipe entièrement française (ayant déjà travaillé sur l’excellent "Renaissance" de Christian Volckman), et chapeauté par un transfuge de DreamWorks à qui l’on devait déjà "Monstres contre Aliens" et "Kung-fu Panda" . Hélas, sans être une catastrophe totale, le résultat ne suscite qu’une profonde déception. Car la vraie question que l’on aurait dû se poser avant de voir le film était la suivante : comment était-il possible d’adapter un roman aussi particulier ?

Nul doute qu’il était vital de tenter une approche différente d’un matériau de départ qui était déjà à cheval entre le détournement autobiographique (dans son livre, Saint-Exupéry jouait le rôle du narrateur) et le pur appel à une nouvelle perception du monde et de l’univers. Mais là où Saint-Exupéry poussait son lecteur à renouer avec son âme d’enfant, Osborne et ses scénaristes ont opté pour une approche didactique, pour ne pas dire neuneu, consistant à investir une sorte de futur dystopique où règnent l’ordre et la hiérarchie (un monde adulte, en somme), et contre lequel une petite fille va se rebeller… après avoir lu les pages de l’aviateur ! En somme, la narration du film n’encourage pas le spectateur à appréhender lui-même les différentes rencontres du Petit Prince pour en extraire une nouvelle perception du monde, mais le relègue à un rôle de témoin passif de l’évolution d’une petite fille devant quatre ou cinq pages (à peine !) écrites par Saint-Exupéry. Du coup, alors qu’on finissait la lecture du livre ému et galvanisé à l’idée d’avoir renoué avec le monde de l’enfance, on sort du film d’Osborne en n’ayant rien tiré de l’expérience. Car tout, y compris les rêves, est ici voué à l’uniformisation.

Alors, certes, le film donne vie à quelques moments marquants du livre avec un art de la poésie graphique qui sait émouvoir (l’animation est franchement sublime), mais ces moments sont trop succincts et elliptiques pour prendre l’avantage sur le destin – finalement anecdotique – de cette jeune fille. Le plus grave réside surtout dans le fait que la fin du livre, inexplicablement placée en milieu de bobine, aura poussé ici les scénaristes à tenter un dernier acte assez maladroit à la "Hook", où la petite fille utilise l’avion pour sauver le Petit Prince (devenu adolescent et employé comme ramoneur dans une ville ultramoderne) et donc affirmer son droit à ne pas grandir, et patati et patata… Dans le fond, l’idée ne fait pas figure de contresens avec l’esprit de Saint-Exupéry, mais elle se rapproche de celles qui peuplent les dessins animés à tendance moralisatrice tels que les affectionne le studio de l’oncle Walt. Là, pour le coup, on peut sortir les mouchoirs…

Guillaume GasEnvoyer un message au rédacteur

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