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LES SEPT DE CHICAGO

Un film de Aaron Sorkin

Puissante et engagée, une leçon de cinéma et d’histoire !

Une manifestation en marge d’une Convention démocrate à Washington conduit à un affrontement violent entre la police et les différents groupes d’opposants réunis. Après l’élection de Nixon, le nouveau procureur général (qui dirige le ministère de la justice) décide de revenir sur ces événements et de lancer une procédure contre sept des organisateurs…

Sortie le 16 octobre 2020 sur Netflix

Affirmer qu’Aaron Sorkin aime les mots est un doux euphémisme. Scénariste de génie pour la télévision ("À la Maison-Blanche", "The Newsroom"), il est également l’auteur des scripts de "The Social Network", "Le Stratège" ou encore "Steve Jobs". Pour son premier passage derrière la caméra, "Le Grand Jeu", il avait choisi l’histoire vraie d’une ancienne championne de ski dont le bagout et la malice lui avaient permis d’être à la tête d’un des plus célèbres cercles de poker. Le retrouver à la tête d’un film de procès est ainsi tout sauf une surprise. Mais le réalisateur-scénariste n’a pas opté pour n’importe quelle procédure judiciaire, focalisant sa caméra sur l’une des affaires les plus représentatives des maux de l’Amérique à une époque de discrimination où la couleur de peau et les avis politiques suffisaient pour être inquiétés ou attaqués. Toute ressemblance avec la période contemporaine n’est pas fortuite.

Nous sommes en 1968, une Convention démocrate se déroule à Washington, point de convergence de plusieurs manifestations réclamant la fin de la guerre du Vietnam. Si les groupes d’opposants scandent des slogans pacifistes, la tension monte rapidement, les forces de l’ordre n’hésitant pas à user de violence pour dissiper le mouvement, et à participer à des arrestations arbitraires. Toute ressemblance avec la période contemporaine n’est toujours pas fortuite. Quelques mois après ce tragique épisode, un nouveau procureur général (équivalent du ministre de la justice) est nommé à la suite de l’élection de Nixon, et il décide de raviver les braises en se lançant dans une croisade contre les organisateurs de cette mobilisation, désormais présumés complotistes. Le principe d’équité laisse la place aux enjeux politiques, et le brio d’Aaron Sorkin s’exprime pleinement. Avec son montage électrisant, son rythme nerveux et ses joutes verbales jouissives, "Les Sept de Chicago" est une œuvre passionnée et passionnante, mêlant parfaitement l’intime à la grande Histoire.

Jeu sur les temporalités, écho entre différents événements, discours des différents protagonistes se répondant, le métrage est une magnifique réflexion sur l’engagement militant, sur les altérités des êtres et des méthodes d’un même combat, où les oppositions idéologiques ne divisent plus lorsque « la cause » est si grande. Envoûtant dans les couloirs du tribunal, exaltant durant les plaidoyers, captivant dans les moments de vie, ce drame historique est une réussite totale, excessive lorsqu’il le faut, épique lorsque nécessaire, et toujours juste dans ses tonalités et la complexité de sa trame narrative. Débutant par une douce ironie, le film se referme sur une conclusion homérique, laissant le spectateur les yeux humides et le point levé. État d’un monde où les vérités sont déniées, où un racisme systémique se transmet en héritage, cette seconde réalisation d’Aaron Sorkin n’est pas qu’un reflet d’antan, mais bien un puissant pamphlet sur les États-Unis d’aujourd’hui. Encore un film que Donald Trump ne va pas conserver dans sa liste de favoris Netflix !

Christophe BrangéEnvoyer un message au rédacteur

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