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ABUELA

Un film de Paco Plaza

L’horreur de la dépendance des personnes âgées

Entre deux séances de photos à Paris, Susana laisse un message à sa grand mère, son unique famille, pour lui dire qu’elle ne pourra pas venir pour son anniversaire à Madrid. Jeune mannequin espagnole, elle reçoit peu après un coup de fil de l’hôpital où sa grand-mère a été admise, l’obligeant à revenir en urgence au pays. Cette dernière, victime d’une hémorragie cérébrale, étant quasi paralysée, Susana s’installe dans son vieil appartement pour prendre soin d’elle, tout en recherchant une place en maison de retraite voire une aide à domicile, car son travail ne lui permet pas de rester…

"La abuela" (traduit par "La grand mère" en français) est le nouveau long métrage d’un des maîtres du cinéma horrifique espagnol, Paco Plaza. En effet, celui-ci n’est autre que le réalisateur des trois premiers volets de la saga "[REC]", "[REC]²" et "[REC]³ Génesis", qui avait donné un sacré coup de boost à la notion de found footage, en intégrant le principe au film de zombies, à partir d'éléments filmés par des habitants mis en quarantaine dans un immeuble « contaminé ». Une série de films bien flippants (surtout les deux premiers), dans la lignée desquels il a aussi réalisé "Veronica" avant de verser dans le polar avec "Quien a hierro mata" avec Luis Tosar (traduit par "An Eye for an eye" pour son passage en exclusivité sur MyCanal).

Au scénario, on retrouve Carlos Vermut, lui-même réalisateur de films à suspense très réussis comme "La Niña de Fuego" et "Quién te cantará", qui ajoute donc ici logiquement à son univers tendu une composante fantastique. En effet, la jeune mannequin espagnole (Almudena Amor, doublement découverte à San Sebastián 2021 avec ce film et l’excellente comédie sociale "El Buen Patron") devient le centre névralgique de ce récit de possession, autour du portrait d'une grand mère impossible à placer en institution. Une descente aux enfers qui confrontera son personnage à des phénomènes étranges autour du comportement de celle-ci (formidablement flippante Vera Valdez, mannequin et actrice brésilienne qui a fait principalement sa carrière en France) prise de fous rires inquiétants et capable de mouvements plus qu'improbables.

Provoquant quelques belles montées d’adrénaline, "La abuela" dispose d’une mise en scène soignée, aux effets mesurés, la caméra jouant avec le caractère isolant de l’intérieur d’un vieil appartement et avec les ombres qui le traversent. Utilisant également avec intelligence la notion de « miroirs », usant de symboliques troubles (l’oiseau, en cage ou non…), le scénario tisse une troublante terreur autour des notions d’ambition, de rapport aux proches, de passage du temps, de vieillissement et de dépendance. Sélectionné au Festival de Gérardmer 2022, cette composition avec les vides (l’idée de « disparition » notamment...), les évocations du passé, les bruits étranges (manifestations gutturales, bruit de légumes broyés…), regorge de rebondissements, et promet quelques belles angoisses aux spectateurs.

Olivier BachelardEnvoyer un message au rédacteur

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