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Jacques Audiard

Réalisateur

En seulement quelques films, Jacques Audiard est devenu un maître incontestable du 7ème Art et l’un des réalisateurs français les plus en vogue. Passionné, son cinéma organique, ancré dans le réel, est un moyen pour lui d’exacerber certaines de ces obsessions, notamment son rapport au corps. Ainsi, il va s’amuser à filmer des corps délabrés, détruits mais il aime aussi saisir la monstruosité des êtres humains, les protagonistes principaux de ses récits étant rarement des gens fréquentables.

Jacques Audiard est né le 30 Avril 1952 à Paris. Fils du réalisateur et du dialoguiste Michel Audiard, son enfance est ainsi marquée par le cinéma, le petit garçon prenant l’habitude de venir jouer sur les plateaux de tournage à la sortie de l’école. Attrapant le virus, Il est alors fasciné par le spectacle auquel il assiste. Pour autant, le garçon n’aspire à suivre les traces du patriarche, ce qu’il aime, lui, c’est aller à l’école, étudier pour pouvoir ensuite enseigner. Il se dirige tout droit vers des études pour devenir enseignant, mais une fois arrivé en Faculté de Lettres, le doute s’installe dans la tête du jeune homme. Cinéphile avéré, dévorant bobines sur bobines, sa passion est en train de le rattraper et ne pouvant résister aux appels de celle-ci, il décide d’abandonner ses études. Jouant des réseaux du paternel, Jacques débute dans la profession en tant que monteur mais rapidement, en raison de son amour des lettres, il va s’orienter vers la rédaction de scénarios. Il signe notamment les scripts de « Réveillon chez Bob », « Mortelle Randonnée » de Claude Miller, ou encore « Fréquences Mortelles » d’Elizabeth Rappeneau. Mais l’envie de titiller la caméra est de plus en plus forte et c’est en 1994 qu’il va enfin se décider, avec talent et conviction.

« Regarde les hommes tomber », road-movie d’une violence terrifiante, d’une noirceur captivante, qui prend la forme d’un portrait dualiste de deux hommes que tout oppose (Matthieu Kassovitz et Jean-Louis Trintignant), remporte trois Césars et marque les débuts tonitruants de Jacques Audiard en tant que metteur en scène. Les clés de son cinéma sont déjà présentes : le refus du spectaculaire et de la complaisance, le portrait d’une humanité monstrueuse, vagabondant dans la vie avant qu’une rencontre puisse lui offrir rédemption. Les deux acteurs sont à la tête du second métrage du "réalisateur qu’on espère voir confirmer", « Un héros très discret », adaptation du roman éponyme de Jean-François Deniau, élaborant la métaphysique d’un personnage, à l’ambiance poétique qu’on retrouvera dans ses futurs projets, la vérité et le mensonge ne faisant plus qu’un au cœur d’une atmosphère audacieuse. Cette œuvre marque aussi le début de son travail sur les sens : un film d’Audiard, ça se regarde, mais ça se sent, ça s’écoute, ça se vit jusqu’au plus profond de nos tripes. Une fois encore, le succès est au rendez-vous, et Jacques Audiard repart du Festival de Cannes avec la palme du meilleur scénario sous le bras. Plus qu’avoir confirmé, il en a fait oublier qu’il était le « fils de », s’imposant, dès sa deuxième réalisation, comme un metteur en scène hors norme, en dehors du paysage cinématographique français de l’époque. Néanmoins, ne voulant pas tomber dans l’excès, Jacques Audiard va suivre son propre rythme, choisissant ses projets méticuleusement, s’investissant dans toutes les étapes du processus (scénario, musique, montage, mise en scène, lumières…). Ainsi, alors que certains font plusieurs films par an, lui il se contentera d’en faire tous les trois-quatre ans, histoire de rappeler, avec parcimonie, à ceux qui l’oublieraient, qu’il est l’un des meilleurs réalisateurs actuels.

L’année 2001 voit apparaître sur les écrans « Sur mes lèvres », romance sur fond de polar, à l’émotion renforcée par la fragilité des personnages et par la mise en scène de l’auteur, simple mais efficace, sans faux-semblants. Portrait de deux marginaux, le métrage navigue entre force et fragilité dans un récit insaisissable. Trois Césars plus tard, Jacques Audiard est définitivement le nouveau Nabab de la réalisation française et désormais, les acteurs se bousculent pour tourner sous ses ordres, tous rêvent de pouvoir, un jour, faire partie de l’un de ses projets. S’il développe des thèmes récurrents, il ne souhaite pas s’enfermer dans une case, il préfère œuvrer à contre-courant, réaliser les projets qui lui tiennent à cœur. C’est ainsi que pour la suite, il opte vers le remake de l’un de ses films cultes, « Mélodie pour un tueur » de James Toback, avec Harvey Keitel. Devenu « De battre, mon cœur s’est arrêté », on y voit un Romain Duris époustouflant, tourmenté entre ses désirs artistiques et la réalité du monde qui l’entoure, souvenir d’une mère pianiste et présence d’un père brutal, égoïste, sans amour à revendre. Une fois encore, la démonstration se transforme en leçon de cinéma et le talent du metteur en scène offre vingt récompenses au projet, dont huit Césars.

Rien ne semble pouvoir arrêter Jacques Audiard, chacun de ses films impressionne et fait presque oublier que le précédent était un chef d’œuvre. C’est dans cette dynamique qu’il réalise en 2009 « Un Prophète », coup de poing dans l’univers carcéral. A l’écran, Tahar Rahim se révèle au cœur de cette atmosphère agonisante de noirceur, western social où la mise en scène contrastée d’Audiard dresse un portrait nuancé et viril d’un jeune homme à la gueule d’ange qui va devoir passer de l’autre côté. La prestation remarquable des acteurs (Niels Arestrup notamment) et sa réalisation éblouissante rapporte dix-huit prix dont neuf Césars.

Alors qu’on aurait pu imaginer que le point d’orgue de sa carrière était arrivé, il revient en 2012 avec un nouveau film impressionnant, d’une intensité sidérante. « De rouille et d’os » raconte la romance entre deux écorchés de la ville sur fond de crise économique. Expressionniste, Audiard capture les instants de vérité comme personne, et parvient à donner une force incroyable à cette histoire, insaisissable, entre deux êtres antipathiques, récit qui sera l’outil pour faire ressortir ses obsessions, notamment son rapport au corps qui anime les deux heures de pellicule. En refusant encore le spectaculaire, Jacques Audiard s’impose définitivement comme un grand artisan du cinéma moderne, son montage insufflant le bon rythme, sa mise en scène transcendant les acteurs et enfantant des émotions auxquelles on n’était pas préparé. Préférant le détail aux longs discours, il semble aujourd’hui être sa propre limite, tant le fossé entre son talent et les autres metteurs en scène français s’est accentué.

Le saviez-vous ?

Jacques Audiard, passionné de musique, a réalisé quelques clips dont notamment « La nuit je mens » d’Alain Bashung qui remportera la victoire de la musique du meilleur clip, et « Comme elle vient » de Noir Désir.

Filmographie

2012 : De rouille et d’os
2009 : Un prophète
2005 : De batte, mon cœur s’est arrêté
2001 : Sur mes lèvres
1996 : Un héros très discret
1994 : Regarde les hommes tomber

Olivier Bachelard Envoyer un message au rédacteur

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