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INTERVIEW

FEMMES DU 6E ETAGE (LES)

Journaliste :
Pourquoi avoir choisi de situer l’action précisément en 1962 ?

Philippe Le Guay :
Les bonnes espagnoles ont commencé à venir à Paris au début des années 50, jusqu’à peu près en 1965. Donc je voulais situer le film dans cette période, au début des années 6…

© SND

Journaliste :
Pourquoi avoir choisi de situer l'action précisément en 1962 ?

Philippe Le Guay :
Les bonnes espagnoles ont commencé à venir à Paris au début des années 50, jusqu'à peu près en 1965. Donc je voulais situer le film dans cette période, au début des années 60. Et 1962, c'est la fin de la guerre d'Algérie. Il y a une allusion dans le film mais je ne voulais pas que cela devienne un contrepoint du film, je voulais que cela reste un peu en dehors de l'histoire.

Journaliste :
Ce monde de la bourgeoisie, avec ses domestiques, est-ce un monde que vous connaissez, dans lequel vous avez évolué ?

Philippe Le Guay :
J'ai grandi dans une famille bourgeoise de Paris et j'avais une bonne espagnole quand j'étais enfant. Je suis né en 56, donc en 60, j'avais quatre ans et une bonne à la maison. Je garde un souvenir assez précis de cette bonne espagnole. Elle s'appelait Lourdes et elle m'avait appris des prières en espagnol que je récitais mieux que les fables de La Fontaine. Donc j'ai connu cet univers enfant, mais je me suis surtout inspiré de témoignages et de souvenirs de personnes de ma famille ou de bonnes espagnoles que j'ai pu rencontrer, il y en a encore quelques unes à Paris aujourd'hui. En faisant le casting des actrices espagnoles à Madrid, je me suis rendu compte qu'elles avaient toutes de près ou de loin un parent qui avaient vécu à Paris à cette époque et avaient des souvenirs personnels liés à cette période, ce sont des choses qui m'ont aidé à écrire le scénario et qui ont enrichi l'histoire.

Sandrine Kiberlain :
Ce monde ne m'est pas du tout familier. Je suis plus « familiarisée » avec une espagnole dans le sens où mes grand-parents ne sont pas français. Ils sont venus en France en quittant la Pologne et ont refait leur vie. Ma grand-mère maternelle avait une femme qui s'occupait de la maison, je ne l'ai pas connue mais j'en ai entendu parler souvent et je me sens plus en « phase » avec cette personne, même si j'ai adoré incarner la bourgeoise dans ce film.

Fabrice Luchini :
Ce qui est drôle, c'est qu'on est dans une époque tellement politiquement correcte que les gens vous répondront toujours qu'ils sont du côté des femmes de ménage. Mais moi, je n'ai jamais pensé à cette question sur le film. Ce qui m'a impressionné, c'est l'idée de la présence de l'illumination que représente l'état d'énamoration, c'est à dire ce stade d'éblouissement qu'un homme ennuyeux, ennuyé intérieurement, va vivre. Ça aurait pu être un danger terrible, le côté : les méchants sont les très riches et les très très bons sont les pauvres. Ça sentait le politiquement correct, mais en fait pas du tout.

Journaliste :
Comment avez-vous réussi à embaucher toutes ces actrices espagnoles, dont certaines sont des stars, pour ces rôles de femmes de ménage ?

Philippe Le Guay :
Pour moi, avant d'être des femmes de ménage, ce sont des princesses. Elles avaient une aura, une majesté, et je crois qu'elles sentaient qu'elles seraient filmées de cette façon. D'ailleurs je ne pense pas qu'un acteur se préoccupe tellement du statut social du personnage dans lequel il va évoluer. J'ai eu beaucoup de chance d'avoir Carmen Maura, qui jouait un rôle secondaire, et Lola Dueñas, qui venait d'avoir l'équivalent d'un césar pour « Yo Tambien ».

Journaliste :
Sandrine, Fabrice, c'est la troisième fois que vous êtes mari et femme à l'écran. Comment se sont passées les retrouvailles 12 ans après « Rien sur Robert » ?

Sandrine Kiberlain :
Moi, j'adore. Je ne peux pas vous dire mieux. J'adore travailler avec Fabrice. C'est un artiste avec lequel toutes les actrices devraient avoir la chance de jouer. On dit souvent de Fabrice qu'il prend tout l'espace, toute la place, alors que pas du tout ! C'est juste qu'il faut être un chouillat à la hauteur...
Il est preneur : s'il n'y a rien en face, il s'ennuie. C'est tellement agréable de jouer avec lui, de parler avec lui, il est tellement original dans sa façon d'être, de penser...

Fabrice Luchini :
Je ne regrette pas d'être venu à Lyon...

Sandrine Kiberlain :
Il y a très peu de gens comme lui qui aient pu accéder à cette liberté. Parfois, cela vous met même mal à l'aise. Il vous regarde, il vous dit des choses sur vous parce qu'il a l'œil. Il est tellement intelligent...

Rémi Geoffroy Envoyer un message au rédacteur

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