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Top 10 des films réalisés par Woody Allen

Le prolifique Woody Allen compte une quarantaine de longs métrages dans sa filmographie depuis 1966 et son "Lily la tigresse" ("What's Up, Tiger Lily ?"). Ont suivi des classiques le mettant souvent en scène. Voici notre classement des meilleurs films du cinéaste new yorkais.

10 // GUERRE ET AMOUR
(1975)

"Guerre et Amour" (ou "Love and Death", comme on préfère …) est réalisé en 1975. Woody Allen signe selon moi son plus grand chef d’œuvre à ce jour.
Boris est amoureux de sa cousine et des belles femmes en général. Il se pose beaucoup de questions sur la mort et Dieu. Cependant la guerre est là et Boris est forcé d’y participer…
Ce que je trouve de fabuleux dans "Guerre et Amour" c’est principalement le décalage entre les thèmes sérieux abordés dans le film, l’époque dans laquelle celui-ci se déroule et la construction des dialogues. Quelque fois ce sont aussi les effets spéciaux pourtant simples qui donnent à "Guerre et Amour" ce style si particulier : accélération de l’image, on coupe le son et on accentue certains bruitages. J’ai cru mourir de rire devant l’énorme bannière « Welcome Idiots » qui accueille les personnes placées en asile. Diane Keaton est absolument superbe et déconcertante d’égoïsme dans le rôle de Sonja. Elle est presque trop jolie pour donner à son personnage cette dimension comique. Diane Keaton et Woody Allen forment un duo qui fonctionne à merveille sur un fond de musique plus qu’entraînante !

Laetitia Langue

9 // ALICE
(1990)

Alice, c’est Mia Farrow, la muse de Woody Allen, qui interprète ici le rôle d’une bourgeoise qui baigne dans le luxe. Telle une bonne sœur, à l’image de celle qu’elle idolâtre : Mère Teresa, Alice est une femme au foyer généreuse et qui ne pense jamais à mal. Son péché mignon : les instituts de beauté comme toutes ces femmes cherchant la jeunesse éternelle. Sauf qu’elle héritera de toute autre chose : le pouvoir d’invisibilité !
En effet, ses problèmes de dos l’amènent à consulter un docteur un peu particulier qui lui remet une potion magique lui permettant de devenir invisible aux yeux des autres. C’est ainsi qu’elle va ouvrir grand les siens, prendre le recul nécessaire pour faire le point sur sa vie, son mari, ses amies…
Alice n’avait finalement pas mal au dos, elle en avait plus simplement plein le dos de sa vie rangée !
Cette fable sur l’argent qui ne fait pas le bonheur et la prise en main de son destin face aux attendus qu’on s’impose parfois à soi-même, est un film plein de fantaisie « allénienne », dont on retrouvera plus tard la bizarrerie fantastique dans "Harry dans tous ses états" avec un Robin Williams qui devient au fil du film de plus en plus flou !
Sans Woody Allen qui reste derrière la caméra, "Alice" met en scène une Mia Farrow – exceptionnelle – qui interprète un personnage typiquement « allénien » dans une comédie diablement délicieuse.

Mathieu Payan

© Warner Bros. France

8// VICKY CRISTINA BARCELONA
(2008)

Quand Vicky (Rebecca Hall) et Cristina (Scarlett Johnasson) font la connaissance d’un séducteur comme Antonio (Javier Bardem, caliente), elles sont toutes les deux séduites mais le vivent différemment du fait de leurs caractères diamétralement opposés ! La première se pose mille questions et pense à sa relation solide avec son petit ami quand la seconde saute à pieds joints dans l’aventure qui lui ouvre les bras.
Woody Allen étudie à nouveau le couple et les affaires de cœur mais choisit ici de mettre en scène les relations amoureuses multiples de jeunes gens. Deux filles un garçon trois possibilités… au moins ! On n’aurait pas penser le cinéaste se lancer dans cette analyse-là. Mais il y distille finement son univers, ses joutes verbales, et ses personnages frénétiques, Penélope Cruz en tête joyeusement hystérique !

Mathieu Payan

7 // WHATEVER WORKS
(2009)

En plein milieu de sa période dite européenne, Woody Allen décide de revenir à son New-York chéri pour le film "Whatever Works", retrouvant, par la même occasion, l’immensité de son talent. Comédie sentimentale à l’humour grinçant, le long-métrage nous plonge dans le quotidien d’un vieil homme bourru, ancien génie de la physique, qui a tout raté, même son suicide. Trimbalant son cynisme et sa rancœur de porte en porte, son destin va basculer le jour où une jeune fugueuse, à la joie de vivre débordante, se réfugie devant chez lui. Et malgré leurs différences, un amour improbable va naître entre ces deux personnages, allant même jusqu’au mariage. Mais cet équilibre incongru va être mis à rude épreuve par l’arrivée de la mère de la jeune femme…
Philosophant sur le hasard et l’intelligence, le cinéaste nous offre une comédie tordante, aux nombreuses répliques acerbes, et dotée d’une mise en scène des plus efficaces. Aidé d’un scénario extrêmement fécond, Woody Allen parvient à mettre en boîte une farce d’une impeccable justesse, maîtrisant parfaitement son ascenseur émotionnel. En confrontant un homme qui refuse le bonheur à une ingénue dont la joie de vivre est communicative, Allen nous livre un nouvel opus bavard comme on les aime, car irrésistiblement drôle. Assemblant habilement chaque note de son récital, le cinéaste nous fait don, une nouvelle fois, d’une composition sans aucune fausse note. Jubilatoire !

Christophe Brangé

© Mars Distribution

6 // MINUIT À PARIS
(2011)

Après "Match Point" et "Vicky Cristina Barcelona", Woody continue son tour d'Europe et pose finalement sa caméra dans les rues de la Ville-Lumière. Évitant un maximum les clichés carte postale, il nous invite au rêve à travers les tribulations d'un jeune écrivain américain sur le point de se marier, transporté aux douze coups de Minuit dans le Paris des années 20. Il y rencontre tour à tour les tumultueux Fitzgerald, Gertrud Stein, Dali, Hemingway tout en découvrant la passion au bras de la séduisante Adriana, maîtresse et égérie de Picasso.
Si le film est sans conteste le plus enchanté d'Allen, il n'est pas pour autant dépourvu d'une certaine acidité dans les dialogues. Brodant sur l'habituel canevas du quatuor amoureux, l'un de ses thèmes de prédilection, l'auteur parvient à brinquebaler son spectateur d'une époque à l'autre avec une parfaite aisance, brossant tour à tour le portrait sans concession d'une bonne société américaine engoncée dans les convenances et d'un Paris des années folles éclatant les carcans de la bienséance.
Le charme opère, Woody reconstituant avec brio cette ambiance si particulière, mélange de fêtes, de faste, d’ébullition intellectuelle et de remise en question des modèles artistiques. Mais "Minuit à Paris" est bien plus qu'un beau voyage, véritable réflexion sur le temps qui passe, et l'impérieuse nécessité de vivre avec son temps. En ressort, au delà de l'exquise langueur de vivre ce rêve éveillé par procuration, une vraie mélancolie lorsque l'on comprend que le personnage n'a d'autre choix que de revenir dans le présent pour affronter ses problèmes, et qu'à chaque époque correspond un nouveau paradis doré.

Tristan Gauthier

5 // TOUT LE MONDE DIT I LOVE YOU
(1996)

Voici Woody de retour dans le film de famille. L’histoire est typique avec ses maris et femmes en pleine crise, ses histoires d’amour impossibles, ses situations burlesques et ses dialogues aux petits oignons. Un grand cru de la filmographie de Woody Allen qui rend ici hommage aux comédies musicales en ajoutant des scènes chantées et chorégraphiées rappelant le meilleur de l’âge d’or du cinéma hollywoodien.
Avec son casting quatre étoiles (Julia Roberts, Tim Roth, Goldie Hawn, Nathalie Portman, Drew Barrymore, Edward Norton, Woody Allen également…) "Tout le monde dit I love you" nous balade de Paris à Venise en passant par New York, dans un film d’une infinie douceur, d’une majestueuse finesse et non dénué d’un brin de magie « allénienne ». Enchanteur !

Mathieu Payan

4 // MANHATTAN
(1979)

"Manhattan" suit le quotidien d’un quadragénaire, Isaac Davis (interprété par Woody Allen lui-même) à un moment ou rien ne va, que ce soit sa carrière artistique ou ses amours. Valse des personnages et des sentiments totalement introspective (Allen y cite tout ce qu’il aime), "Manhattan" est d’abord une déclaration d’amour à la cité new-yorkaise où évolue un bon nombre d’intellectuels.
Tourné en noir et blanc et cinémascope – format inhabituel pour le réalisateur –, le film suit le tournant créatif amorcé par "Annie Hall" c’est-à-dire un cinéma plus psychologique alternant entre émotion et humour. Certaines de ses scènes sont inoubliables de drôlerie (la scène de la barque) ou de poésie (celle du planétarium de Central Park où les visages des protagonistes se confondent aux étoiles). La musique de Gershwin, la magnifique photographie de Gordon Willis, la justesse des acteurs (dont la débutante Meryl Streep et la toute jeune Mariel Hemingway) achève de faire de "Manhattan", l’un des sommets de l’œuvre de Woody Allen.
Récompensé du César du meilleur film étranger en 1980, il est à ce jour le plus grand succès de son auteur en France où il cumula près de 2 millions et demi d’entrées.

Christophe Hachez

3 // MEURTRE MYSTÉRIEUX À MANHATTAN
(1993)

Mariés depuis plus de 20 ans, Carol et Larry mène une vie sans histoires jusqu’au jour où Carol suspecte leur voisin d’avoir tué sa femme. Intrépide, cette dernière est prête à tout pour justifier ses soupçons, au grand dam de Larry, froussard névrosé qui panique à la moindre incartade. Faute de pouvoir compter sur son mari, Carol se rapproche donc de Ted, le vieil ami fraîchement divorcé, qui profite de cette enquête improvisée pour passer du temps avec Carol dont il est amoureux. Jaloux de cette amitié pour le moins dangereuse, Larry présente à Ted, la plantureuse Marcia, une ténébreuse romancière championne de poker.
Outre le fait d’être une comédie policière intensément drôle (chaque réparties de Woody Allen peuvent à elles seules former un one-man show), "Meurtre mystérieux à Manhattan" révèle avant tout une touchante histoire de couple piégé par la routine et qui se retrouve soudain tenté par l’aventure. Un second souffle transcendé par les retrouvailles à l’écran de Woody Allen et Diane Keaton, couple ô combien mythique et qui incarne à nouveau, toute la sensibilité du cinéma « allénien »… comme si Alvy Singer et Annie Hall ne s’étaient jamais quittés.

Gaëlle Bouché

© TFM Distribution

2 // MATCH POINT
(2005)

« Dans un match de tennis, il y a des instants quand la balle frappe le haut du filet où elle peut soit passer de l'autre côté soit retomber en arrière. Avec un peu de chance, elle passe et on gagne. Ou peut-être qu'elle ne passe pas et on perd. »
Ainsi commence la narration de "Match Point", 36e long-métrage de Woody Allen et sans doute LE film qui a relancé sa carrière au milieu des années 2000. Narrant la fulgurante ascension de Chris Wilton, jeune professeur de tennis issu d’un milieu modeste, que sa rencontre avec un riche héritier puis sa charmante fiancée va propulser au sommet de l’échelle sociale et jeter dans les affres de la passion, "Match Point" est un drame sulfureux, doublé d’un récit initiatique (Chris Wilton étant l’incarnation contemporaine d’Eugène de Rastignac).
Offrant un rôle en or à Scarlett Johansson, alors âgée de seulement 19 ans, et sortant Jonathan Rhys-Meyers de l’anonymat, Woody Allen marque avec ce film un double virage : celui d’une page qui se tourne sur de sa période new-yorkaise, jusque-là exclusive, et celui d’une rupture radicale avec son ton habituel, livrant un film d’une noirceur et d’une âpreté rarement explorées (la dernière fois remonte à 1989 avec "Crimes et Délits").
Passionnant dans sa progression narrative et terrifiant dans les terribles conclusions qu’il délivre, "Match Point" marque une véritable régénérescence de son auteur, un éclair de génie qu’il ne retrouvera malheureusement que trop rarement par la suite.

Sylvia Grandgirard

1 // ANNIE HALL
(1977)

« À qui appartient cet exemplaire de L’Attrape-cœurs ? – S’il y a mon nom dessus, j’imagine que c’est le mien. – D’accord, mais tu as pu écrire ton nom sur tous mes livres ! » Cet échange entre Alvy et Annie donne pleinement le ton de ce qu’est "Annie Hall", une comédie située entre le burlesque de la parole et le mélancolique de la relation de couple, entre le référencement à une Amérique intellectuelle (le livre de Salinger est la lecture préférée des Américains) et le traité de l’échec d’une vie à deux.
L’Attrape-cœurs relate une errance new-yorkaise, et le film de Woody Allen, dans lequel il incarne lui-même son héros Alvy Singer, n’est pas si loin de fonctionner comme une projection du roman dans la vie d’un comique en pleine crise de la quarantaine, effrayé à l’idée de monter sur scène après un type particulièrement drôle, de crainte de se retrouver face à un public qui a déjà trop ri, et dont la relation avec Annie Hall, merveilleuse et lunaire Diane Keaton, se perd dans les peurs des responsabilités partagées. Aimer, c’est être responsable, donc être adulte, nous dit en substance Woody, qui réalise en outre son meilleur film, et le mieux doté en récompenses (quatre Oscars).
Mais être adulte n’a pas de sens puisqu’il est impossible d’assumer les responsabilités d’une existence éphémère, et comme le dit le personnage d’Alvy jeune, face au psychologue fumeur de cigares que sa mère l’a emmené voir parce qu’il ne travaille plus à la maison : « L’univers est en expansion, l’univers est la totalité, et un jour cette totalité s’effondrera sur elle-même : quel est l’intérêt de faire ses devoirs ? » (en anglais, bien sûr, le mot est plus savoureux : « What’s the point ? »).
Alvy en errance, Holden Caulfield en puissance, transforme donc New York en théâtre, favorisant l’expansion non pas de l’univers, mais de la scène jusqu’aux rues de la ville : lorsque Annie le quitte à bord d’un taxi, Alvy se met à discuter de ses problèmes avec les passants, qui lui répondent comme s’ils connaissaient, et comprenaient, ses soucis. « The world is a stage », et la femme est son Hall de résonance.

Eric Nuevo

 

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