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VIVO

Cuba, es-tu là ?

Vivo est un kinkajou (mammifère arboricole) qui a été recueilli par Andrés Hernández, un vieux musicien cubain qu’il accompagne dans ses représentations de rue, développant lui aussi un sens du rythme et de la mélodie. Un jour, Andrés reçoit une lettre de Marta Sandoval, une star de la musique cubaine avec laquelle il avait collaboré durant leur jeunesse et dont il était secrètement amoureux. Marta lui propose de la rejoindre à Miami pour son concert d’adieu. Andrés va peut-être pouvoir enfin dévoiler ses sentiments en lui offrant une chanson qu’il avait écrite pour elle…

Vivo film movie

Sortie le 9 août 2021 sur Netflix

Nous voilà donc avec une troisième production de Sony Pictures Animation sortie sur Netflix en 2021, et la comparaison est rude après l’excellentissime "Les Mitchell contre les machines" et le sympathique "Dragon-génie". "Vivo" essaie d’emblée d’en mettre plein la vue avec une première séquence permettant de présenter le duo formé par le kinkajou Vivo (NB : attention, cet animal est un mammifère arboricole mais ce n’est pas un singe) et son compère humain Andrés, musicien de rue à La Havane. Mais ces premières minutes illustrent la grande faiblesse de ce long métrage d’animation : un appétit féroce pour les excès au risque de tuer l’émotion – dans ce cas précis, la simplicité devrait caractériser ce modeste duo utilisant une guitare acoustique et un orgue de barbarie, mais la mise en scène est inexplicablement m’as-tu-vue. Alors que le héros animalier a tout pour séduire et attendrir, l’affubler d’une voix s’avère rapidement ridicule, d’abord parce que celle de Lin-Manuel Miranda n’est vraiment pas en adéquation avec le physique du personnage, mais aussi parce que sa débauche d’énergie vocale n’a finalement aucun sens quand on comprend qu’il ne s’agit pas d’un animal parlant et que les protagonistes humains n’entendent que ses cris !

Si ce film est techniquement réussi (les mouvements sont fluides, les personnages expressifs, les textures réussies), il propose des situations régulièrement grotesques qui se marient très mal avec la tendresse qui se dégage par ailleurs de certains enjeux et personnages. Il en est par exemple ainsi quand Vivo traverse les Everglades pour rejoindre Miami avec sa nouvelle complice, l’intrépide et malicieuse Gabi : alors qu’une tempête les a séparés et que la jeune fille est en possession de la précieuse partition que le kinkajou tente d’apporter à une chanteuse cubaine le soir même, voilà que l’animal prend le temps de donner des leçons de séduction à un oiseau dépressif ! D’autres idées démesurées ont du mal à passer, comme le jusqu’au-boutisme d’une scout écolo et de ses deux acolytes, lancées à leurs trousses en trottinette électrique puis à bord d’un hydroglisseur !

En fait, "Vivo" donne souvent l’impression d’essayer de faire du Pixar (certains aspects peuvent par exemple rappeler "Coco" ou "Soul"), sans jamais trouver l’équilibre entre hardiesse et émotions. Le film échoue aussi sur un point qui aurait dû être essentiel avec une telle histoire : l’hommage à la culture cubaine et plus particulièrement à sa musique. Deux membres du casting vocal formaient pourtant des ingrédients de choix : le vieil Andrés est interprété par Juan de Marcos González, chanteur et guitariste qui a notamment été l’un des initiateurs du célèbre Buena Vista Social Club, et Marta est doublée par une autre légende de la musique latine, Gloria Estefan.

Malheureusement, outre le choix critiquable mais acceptable de l’anglais au détriment de l’espagnol (après tout, c’est assez courant et même le précité "Coco" privilégiait l’anglais), la musique composée par Lin-Manuel Miranda (qui ne se contente donc pas de chanter) est plutôt digne d’une banale comédie musicale pop et mielleuse, ne laissant qu’une place très limitée à la salsa. Sans être parmi les titres intégrant un son cubain, une chanson sort largement du lot : le grisant et dynamique "My Own Drum" interprété par la jeune Ynairaly Simo (et en duo avec Missy Elliot pour la version du générique de fin). C’est par ailleurs dans la même scène que la créativité visuelle atteint son apogée. Dommage que le film soit si souvent loin de ce sommet.

Raphaël JullienEnvoyer un message au rédacteur

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