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SOUL

Un film de Pete Docter et Kemp Powers

Plus loin que "Vice Versa"

Joe Gardner, professeur de musique dans un collège et passionné de jazz, va enfin de réaliser son rêve le plus fou : jouer avec la grande Dorothea. Mais à peine la bonne nouvelle apprise, Joe Gardner meurt. Ses péripéties post mortem le conduisent à faire la rencontre de 22, une « pré-âme » qui refuse d’entamer sa vie sur Terre…

Soul film animation

Après le classique mais sympathique "En avant", sorti en début d’année, voici qu’arrive déjà le nouveau Pixar, présenté au Festival Lumière dans la section sélection Cannes 2020. Signé Pete Docter, un des plus anciens de la firme à la lampe à qui l’on doit entre autres "Monstre et Cie", "Là-Haut" et "Vice Versa", "Soul" nous raconte l’histoire d’un musicien, fauché par la malchance lorsqu’il est sur le point de réaliser son rêve. Mais loin de se résigner, Joe Gardner, ou plutôt son âme, va tout mettre en œuvre pour revenir sur Terre afin d’achever ce rêve.

Disons-le tout de suite, "Soul" est un pur plaisir à voir et à vivre, une vraie bouffée d’air frais et a tout le potentiel pour devenir un grand Pixar, dont on se souviendra. Particulièrement intelligent dans son écriture, le film rappelle "Vice Versa" sur plusieurs points, avec des analogies visuelles entre le monde du corps et celui de la pré-vie, mais également dans la personnification de concepts abstraits, comme c’était le cas pour les émotions dans "Vice Versa", avec ici la mort et l’âme (dans ses multiples définitions).

Le film nous laisse avec un sentiment d’optimiste fort grâce à ses thématiques certes, mais également grâce à sa narration, dont la structure se trouve être moins linéaire et formelle qu’à l’habitude. Une narration qui n’est jamais être confuse et qui fait attention à ce que l’évolution des différents personnages soit bien perceptible à l’écran. On fait régulièrement des aller-retours entre les lieux et les enjeux, il n’y a pas de fil rouge conducteur unique, et, si la présence de Terry constitue le principal obstacle à l’accomplissement de l’arc narratif de Joe, il n’est pour autant pas présenté comme un réel antagoniste au sens dramaturgique pur du terme. Le tout est saupoudré de personnages très attachants (même l’horripilant Terry), et de traits d’humour fins, subtils, parfaitement dosés et toujours pertinents, qui toucheront la sensibilité des petits comme des plus grands.

Concernant la mise en scène et la réalisation, les équipes de Pixar démontrent une fois de plus qu’au-delà de leur maîtrise purement technique, le rendu de l’animation et des détails étant bluffant, leur maîtrise du storytelling est sans égale. Ils arrivent à transmettre toutes les émotions avec une aisance impressionnante. Que ce soit la joie, la peur ou l’excitation, tout est là, et si le détail de l’animation, notamment pour les mimiques faciales, n’est pas étrangère à cela, la mise en scène de Pete Docter et de son acolyte Kemp Powers y est aussi pour beaucoup. On retiendra entre autres la séquence où 22 découvre les sensations physiques à New York, comme le vent ou la chaleur du soleil... avec un plaisir qui transcende l’écran et finit par stimuler les terminaisons nerveuses du spectateur même.

Autre gros point fort de "Soul", le design des personnages est innovant et inventif. En effet, si les âmes peuvent rappeler le travail fait sur la personnification des émotions dans "Vice Versa", les autres entités, elles, sont très ludiques dans leur conception, en particulier les Jerry et Terry, et leur interaction avec les décors environnants. Le rendu global est comme à l’habitude chez Pixar absolument incroyable, en particulier les jeux de lumière, qui s’avèrent impressionnants de réalisme. La fluidité de l’animation aussi est excellente, avec quelques simulations de caméra épaule particulièrement bien réalisées.

Dernier point, et pas des moindres, la musique. Si le jazz est finalement plus une toile de fond qu’autre chose, on notera une utilisation intéressante d’une musique hétéroclite. En effet, le jazz domine une bonne partie des scènes terrestres, et les mondes d’après et d’avant sont plus mis en avant par une musique moderne électronique, aux sonorités particulières.

"Soul" est donc un film à ne pas rater, particulièrement optimiste, ce qui le fait d’autant plus résonner avec la période contemporaine, aux thématiques simples mais non dénuées de complexité. L’âme d’un point théologique certes, mais également l’âme d’un point de vue plus spirituel et philosophique, l’âme au sens de ce qui nous définit, ce qui nous motive, ce qui nous pousse à aller plus loin. Et s’il fallait finir par une extrapolation intellectuelle hasardeuse plus que par une certitude d’analyse filmique, il serait intéressant de noter que ce film, axé sur notre essence et sur ce qui nous anime, soit un film… d’animation.

Ray LamajEnvoyer un message au rédacteur

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