Parce qu'on en a jamais assez !

THE SADNESS

Un film de Rob Jabbaz
 

Pour : Repousser les limites de la terreur

Après un an de pandémie, une soudaine mutation d’un virus entraîne une hausse de la tendance à la violence des personnes contaminées, libérant des instincts inattendues. Un couple se disputant pour des questions de congés, gâchés par le fait que l’homme ait accepté un boulot, va tenter de survivre dans ce contexte où chacun peut tout à coup donner libre cour à ses pulsions les plus sadiques…

The Sadness film movie

D’habitude les zombies sont des êtres avant tout écervelés, uniquement guidés par un instinct qui les pousse à mordre des personnes non contaminées, pour en dévorer la chair. Entre les zombies lents de Romero et ceux, rapides de Danny Boyle, il y a avait déjà une grande différence de dégâts, augmentant la frayeur face à ces créatures, auxquelles il devenait également plus difficile d’échapper. Il faut dire que l’effet de groupe est aussi passé par là, voire même l’« esprit d’équipe », ceux-ci devenant capables de surmonter certains obstacles par leur nombre ou leur soudaine organisation. On ne citera ici que "World War Z" et "Dernier train pour Busan" (et sa suite "Peninsula"), qui mettent intelligemment en évidence des logiques de foules constructives. Alors comment pousser le curseur encore plus loin ?

Rob Jabbaz, réalisateur canadien désormais installé à Taïwan, s'est inspiré à la fois de la série de comics "Crossed" de Garth Ennis et des films interdits aux moins de 18 ans à Hong Kong (soit les « Category III »), rajoutant la capacité de ceux-ci à se laisser aller aux pires instincts humains, alliant déchaînements de violence gratuite, vengeance meurtrière, viol et j’en passe... Une dose de cruauté et de malveillance capable d'amplifier la terreur du spectateur, surtout lorsque le second degré et l'humour se retrouvent volontairement amoindris. Après quelques scènes d’introduction raillant gentiment le complotisme ambiant autour du Covid, le film donne ainsi aux personnes infectées et assoiffés de violence et de sang, non seulement la parole, mais aussi, plus effrayant, la conscience de leurs actes et donc des intentions sadiques.

Cela donne naissance à un retentissant film gore, passé par la compétition du Festival de Gérardmer en janvier dernier, où l’imagination semble ne pas avoir de limites, en termes de torture et de violence physique (brûlures à l’huile de friture, pieds écrasés, parapluie planté dans l’œil, barbelés sur le sexe, orgie dans le sang…). Et c’est finalement le lien potentiellement ridicule au départ, entre de petites vexations ou frustrations, et le niveau de vengeance sanguinaire, qui fait froid dans le dos. Le scénario surfe donc sur l’inventivité des situations et sur l’aspect amoral des personnages, le metteur en scène s’appuyant sur des effets crédibles, afin de créer l’effroi. Mais l’humour, forcément cynique, n’est heureusement pas totalement absent du métrage, surgissant aux moments où on s’y attend souvent le moins et à l’image de quelques dialogues bien crus (« ai-je battu le record »... du nombre de poignardés ? ou encore « son liquide oculaire sèche sur ma bite » !). Cela ne plaira sans doute pas à tout le monde, mais certains pourront (comme nous) se régaler d’être autant malmenés.

Olivier BachelardEnvoyer un message au rédacteur

Contre : De l’ultra-gore énervé qui fatigue vite

Suite à son passage par la case Gérardmer, on avait déjà eu vent des échos enthousiastes relatifs à "The Sadness", film d’horreur taïwanais sur fond de virus dévastateur, et on s’était déjà préparé à quelque chose de particulièrement hardcore. A l’arrivée, en plus de se rappeler que suivre la hype est souvent le meilleur moyen de se manger le mur, on s’interroge sérieusement : le film d’infectés est-il à ce point en manque de globules qu’il faille désormais en passer par des concepts maxi-teubés pour le rebooster ? C’est là le gros problème du film de Rob Jabbaz, dont le concept, jouissif au premier abord, porte en lui sa propre limite : le virus en question a pour conséquence de transformer ses porteurs en de terrifiants sociopathes à fond dans la barbarie et la déviance à l’état pur. Une seule ligne suffit ainsi à résumer ce scénario, sur lequel a tout de même été greffé un fil directeur aussi épais qu’un enjeu de sitcom (une jeune étudiante recherche son mec au beau milieu du chaos), et où la narration ne semble avoir été structurée que de manière à battre le record de sang versé et de sadisme dégénéré dans chaque scène.

A partir de là, les jeux sont déjà faits, et la régularité du concept actée par contrat. Même quand le récit fait mine de lâcher une ébauche de piste thématique (le harcèlement sexuel avec #MeToo en arrière-plan, l’angoisse taïwanaise face à la tutelle chinoise, le réveil des pulsions interdites, la satire pince-sans-rire des agités complotistes, le tacle expédié aux expérimentations scientifiques, etc…), c’est pour la faire dégager illico presto afin de continuer à faire gicler le sang et les tripes en direction des quatre points cardinaux. Autant dire que la gratuité de l’ensemble, pour le coup fortement assimilable à du cynisme mal déguisé en nihilisme de supérette, finit par avoir d’autant plus raison de notre patience que le chaos démarre d’entrée sur du gore extrémiste pour ensuite le décliner en ligne droite jusqu’au bout – une montée exponentielle de l’horreur aurait été largement plus efficace. Doit-on dès lors se sentir coupable de s’être tranquillement tourné les pouces pendant 1h40 ? Mieux vaut se fendre encore la poire devant "Braindead" ou "Piranha 3D" : eux, au moins, ils savent exciter leur audience à force de déverser tant de torrents d’hémoglobine, et ce parce qu’ils ont plein d’idées et que chaque nouvelle scène ne ressemble jamais à la précédente.

Guillaume GasEnvoyer un message au rédacteur

BANDE ANNONCE

COMMENTAIRES

Dyandford

mardi 12 juillet - 10h18

Fuyez ce film gore sans queue ni tête !! Aucun scénario, aucune empathie pour les personnages, on aurait largement préféré un court métrage de 15 min, car passe ce délai, on s'ennuie ferme et on a qu'une envie, quitter la salle...

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