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MONUMENTS MEN

Un film de George Clooney

Un film plaisant, mais un rien bancal

En 1943. À Paris, Claire travaillait pour les Allemands à l'enregistrement d’œuvres d'art. Alors que le vent tourne, les Nazis organisent le transport de celles-ci vers l'Allemagne. De son côté, l'armée américaine autorise le montage d'une équipe de spécialistes chargés de retrouver et sauvegarder les plus belles œuvres d'Europe...

Le cinquième long-métrage signé George Clooney, après notamment "Confessions d'un homme dangereux", "Good Night, and Good Luck." et "Les Marches du pouvoir", hérite d'une lourde tâche : relater un épisode de la guerre estampillé « inspiré d'une histoire vraie », sur fond de nazisme, collaboration, et fuite de l'armée allemande, forcément jonchée d'exactions plus terribles les unes que les autres. Contrairement à un Spielberg (pourtant aussi auteur de "1941"), et comme un certain Tarantino ("Inglourious Basterds"), Clooney a choisi d'en faire une comédie militaire, ici forcément loin de la satire, puisqu'il ne s'agit pas ici, contrairement à "MASH" ou "Docteur Folamour", de railler les militaires, mais plutôt d'en louer les bons élans.

L'idée pouvait paraître bonne. Elle a pourtant clairement ses limites. Car après une présentation succincte du travail de Claire (Cate Blanchett, en français dans le texte) et de la tension dans laquelle elle vit quotidiennement (nécessaire puisqu'elle sera amenée plus tard à aider l'équipe d'Américains), voici que le metteur en scène nous introduit l'ensemble des experts en art, un à un, dans un style très bande dessinée, faisant contraster leurs traits de caractères (le sculpteur excentrique, le français séducteur, le docteur intoxiqué à la cigarette..) avec leur incapacité à subir l'entraînement physique qui leur est imposé.

Du point de vue trame narrative, le scénario se concentre ensuite sur la recherche des œuvres, en retenant deux comme symboliques de cette lutte (l’« Autel de Gand » - ou « L’Adoration de l’agneau mystique » - des frères Van Eyck, et la « Madone de Bruges » - ou « Vierge et l'Enfant » - par Michel Ange). Puis il détaille la course contre la montre qui s'engage, avec le retrait des troupes allemandes et l'avancée des alliés, menant nos héros de mines de sel en châteaux. L'aspect comédie du film est principalement porté par l'ensemble des personnages, Clooney réussissant par petites touches à déclencher les rires, notamment par un comique de répétition visant la qualité du français de Matt Damon. Mais comme il était quasiment impossible d'opter exclusivement pour le ton de la comédie, il se voit contraint de changer en permanence de style, et d'inclure des épisodes dramatiques d'intensité assez inégale.

Mais cette page de l'Histoire avec un grand H est surtout l'occasion pour Clooney d'offrir quelques jolies scènes centrées sur son véritable propos : le rôle de l'art dans la société et la vie des hommes l'appartenance de l'art au bien commun, et la nécessité de se battre pour une culture ou une façon de vivre. Il réussit ainsi quelques scènes émouvantes, avec notamment le parallèle entre une chanson de Noël reprise collectivement et une opération qui tourne mal, ou la lettre écrite par l'un d'eux. Martelant un peu trop son message, il donne naissance à un film plaisant mais inégal, dont on ressort persuadé, si on ne l'était pas déjà, que la destruction de l'art et l'Histoire d'un peuple revient à nier son existence même, et qu'il faut donc défendre celle-ci à n'importe quel prix.

Olivier BachelardEnvoyer un message au rédacteur

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