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PLAIRE, AIMER ET COURIR VITE

Chronique lumineuse d'un amour voué à disparaître

Jacques est écrivain et habite à Paris. Alors qu’une de ses pièces est jouée en province, à Rennes, il fait la connaissance d’un jeune étudiant s’orientant vers le cinéma. Arthur aimerait revoir Jacques, mais entre eux, il y a la différence d’âge, un passé qui a donné à Jacques un jeune fils, et la maladie. Pourtant, tous deux n’ont qu’un désir, profiter vite de cet amour...

Christophe Honoré, passé par la Quinzaine des réalisateur avec "Dans Paris" et par la sélection officielle avec le fantaisiste "Les chansons d'amour" et le plus sombre "Les bien aimés" est revenu cette année à Cannes en compétition avec un récit dans la droite ligne de ces deux derniers, à la fois personnel et humain, charriant quelque chose de l’ère du temps (en l’occurrence ici le début des années 90) au travers de personnages toujours consistants.

Revenant sur son propre passé, il conte ici la relation amoureuse entre un étudiant rennais qui deviendra cinéaste et un écrivain parisien de 13 ans son aîné, ceci dans une double urgence : celle d'une distance qui éloigne et celle de la maladie qui rode, malgré vitalité et optimisme. N’ayant pas son pareil pour magnifier certains moments de complicité (la rencontre dans un cinéma, la « filature » indiscrète dans la rue, la scène dans la baignoire…), Honoré donne chair à ses personnages, principaux comme secondaires et habille ses dialogues d’une poésie douée d’un certain recul. Le temps qui passe et les regrets d’une génération se matérialisent soudain autour d’un simple échange de répliques : « c’est déjà trop tard pour mourir jeune » / « on s’est mal organisés ». Quant à la maladie, elle est tenue à distance avec intelligence par l’attitude même du personnage principal qui déclare à un moment « pour un breton Act Up Paris c’est comme aller aux catacombes ».

Sur un ton résolument porteur d'espoirs et un rythme martelant l'envie de vivre, il offre au duo Pierre Deladonchamps / Vincent Lacoste deux rôles débordants d'élans et de générosité, qui marqueront sans doute leurs carrières respectives. On suit leurs amours contrariés avec une vraie connivence, le metteur en scène jouant au final avec le drame, comme le personnage de Deladonchamps se protège et protège ceux qu’il aime, en lui donnant une place étroite mais nécessaire. Avec justesse, le choix des chansons donne à la fois le ton d'une époque, traduit l'urgence de vivre pleinement et souligne délicatement quelques montées en émotion. Et avec bonheur, « La leçon de Piano » vient discrètement montrer son nez à la fois comme élément fondateur d’une rencontre, et comme mélodie triste à pleurer. Un film finement dialogué qui prend la forme d'un hymne à la beauté et la simplicité des relations, amicales comme amoureuses, et au final, à la vie.

Olivier BachelardEnvoyer un message au rédacteur

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