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LE FIL

Un film de Daniel Auteuil

Cousu d’un fil pas aussi blanc que le suggèrent les apparences

Alors qu’il avait décidé d’arrêter de plaider, Maître Jean Monier va tout faire pour innocenter un père de famille accusé du meurtre de sa femme. Mais le procès ne s’annonce pas facile…

Qu’il est difficile aujourd’hui d’oser faire un film de procès pour un cinéaste français, après la virtuosité d’"Anatomie d’une chute", le viscéral "Saint Omer", le huis clos intense "Le Procès Goldman" et le très perturbant "Les Chambres rouges" de notre voisin québécois Pascal Plante. Plutôt habitué aux adaptations de Pagnol ("La Fille du Puisatier", "Marius", "Fanny"), Daniel Auteuil n’avait jamais convaincu en tant que réalisateur, en témoigne sa comédie franchement évitable et à la limite du sexisme, "Amoureux de ma femme". Pourtant, c’est bien lui qui a décidé de se lancer dans ce pari casse-gueule, où la comparaison avec ses prédécesseurs récents serait inévitable. Si le résultat n’atteint pas la maestria de Justine Triet ou Cédric Kahn, ce drame bénéficie d’une bonne facture et d’une maîtrise scénaristique qui lui permettent d’occuper plutôt le haut du panier de ce genre si populaire dans les salles obscures et sur les écrans de télévision.

Adaptant le roman "Au guet-apens. Chroniques de la justice pénale ordinaire", l’acteur metteur en scène en profite pour se donner le premier rôle, à savoir celui d’un avocat ayant décidé d’arrêter de plaider, qui se retrouve, après un service rendu, commis d’office auprès d’un père de famille accusé du meurtre de sa femme alcoolique. Persuadé de l’innocence de son client, l’homme de loi va se jeter à corps perdu dans sa défense, quitte à mettre entre parenthèses sa vie personnelle. Classique dans sa forme, et usant des codes habituels de ce type de productions, en recourant notamment aux ellipses et flash-back, "Le Fil" séduit par sa sobriété, cette volonté de gommer au maximum les artifices esthétiques pour donner un terrain de jeu riche aux comédiens.

Ponctué de plusieurs joutes verbales qui font mouche, le métrage maintient une tension constante, interrogeant notre propre regard sur les événements. À ce titre, la conclusion et son double twist que M. Night Shyamalan n’aurait pas renié terminent en beauté un exercice de style réussi, savoureux et tendu. Pas un chef d’œuvre, mais un film efficace, parfois troublant, qui prouve que la simplicité formelle est loin d’être un défaut. Monsieur Auteuil, bienvenue (enfin) dans le club de ceux ayant réussi leur passage de devant à derrière la caméra !

Christophe BrangéEnvoyer un message au rédacteur

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