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LA FILLE DU PUISATIER

Un film de Daniel Auteuil

N'est pas Pagnol qui veut...

Patricia, fille du puisatier Pascal Amoretti, fait le bonheur de son père en s’occupant avec brio de la maison et de ses 5 sœurs. Jusqu’au jour où elle rencontre Jacques Mazel et tombe enceinte avant que ce dernier ne parte à la guerre, ignorant la nouvelle. Seule et désemparée, elle met au monde l’enfant de trop, le fils que personne n’attend ; qui vient briser les codes et la quiétude familiale...

C’est en 1940 que Marcel Pagnol, écrivain, dramaturge et cinéaste français, réalise « La fille du Puisatier », avec son duo de choc Fernandel et Raimu. Réadapter cette œuvre, c’est ce que Daniel Auteuil a voulu faire, 70 ans plus tard. Alors qu’on ne compte plus ses long-métrages en tant qu’acteur, il passe ici pour la première fois derrière la caméra, touchant ainsi à un métier qu’il connaît bien, mais auquel il n’a jamais eu accès.

« La fille du puisatier », c’est un classique comme « Manon des sources » ou « Jean de Florette ». Daniel Auteuil en sait quelque chose, car ces films-là, il « leur doit beaucoup sinon tout » nous confie t-il, puisqu'il a joué dans les deux films de Claude Berri. Son lien avec Pagnol est fort et de longue date. Alors quand la famille de l’auteur est venue lui proposer de jouer le père Amoretti, il a acquiescé. Et quand la question de la réalisation s’est posée, il s’est proposé. Voilà, comment a débuté cette double aventure. Seulement, passer après Pagnol n’est pas une tâche facile. En bon disciple, il est alors parti du texte dans l’optique de se détacher de ce qui avait déjà été fait. C’est une bonne chose certes, mais est-ce suffisant pour égaler voire surpasser le maître ?

Outre le fait que ce film correspond à un genre cinématographique particulier et peut déplaire de fait à ceux qui n’en seraient pas friands, il présente de nombreuses contradictions. La première n’est que trop visible : son casting. Astrid Bergès-Frisbey dans le rôle de Patricia, nous apparaît superficielle, tant ses répliques toutes faites sonnent faux. Trop de manières et pas assez d’émotions, on n’y croit pas. Nicolas Duvauchelle, quant à lui, se cantonne au rôle du joli garçon de bonne famille - un tantinet séducteur- et la monotonie de son jeu devient agaçante sur la durée. Vient rehausser la distribution, Kad Meard, qui fait suite à Fernandel dans l’interprétation du gentil et brave Felipe. Il est plutôt touchant et on s’émeut presque de sa crédulité. Comme autre note positive, on retiendra la performance de Daniel Auteuil. Le rôle de Pascal Amoretti lui va à merveille et c’est avec sincérité qu’il s’emploie à faire vivre ce personnage clé de Pagnol, interprété par Raimu à l’origine. Si l’on a des doutes quant à ses qualités de réalisateur, on est, dans tous les cas, nullement déçu par son talent d’acteur.

A une distribution inégale, s’ajoute une forme de récit plutôt pesante. De trop nombreuses scènes narratives et explicatives alourdissent l’histoire. Le film se veut elliptique nous dit son réalisateur, c’est là un parti pris, mais cela devient très ennuyeux à la longue, surtout quand le jeu des acteurs ne suit pas. Quelques répliques plus ou moins drôles viennent toutefois apporter un peu de légèreté et l’on esquisse un sourire à deux ou trois reprises. Aussi pourra-t-on reconnaître une certaine esthétique de l’image, peut-être loin de la perfection mais tout au moins recherchée. Les paysages du sud sont ainsi immortalisés avec de belles couleurs.

Lorsque l’on a beaucoup d’attentes, il est facile d’être déçu. Daniel Auteuil comme acteur, on connaissait ; Marcel Pagnol en tant que réalisateur aussi. Quand Daniel Auteuil nous dit, sourire aux lèvres « Je ne vois pas qui pourrait jouer mes rôles à part moi ! », on acquiesce. Très bien, alors il serait peut être préférable que chacun reste à sa place.

Anne-Claire JaulinEnvoyer un message au rédacteur

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