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LA TRESSE

Un film de Laetitia Colombani

Des images de carte postale, pour un roman qui aurait mérité plus de temps

En Inde, Smita, intouchable, se bat pour que sa fille puisse aller à l’école. En Italie, Giulia ne veut pas suivre les traces de son père, dont elle est pourtant très proche, dans la confection de perruques. Au Canada, à Montréal, Sarah, brillante avocate sur le point d’être promue, doit gérer ses enfants et une grave maladie…

La Tresse film movie

Laëtitia Colombani ("À la folie... pas du tout"), que l’on n’avait pas vue à la mise en scène depuis "Mes stars et moi" en 2007, nous revient avec l’adaptation de son propre Best Seller, "La Tresse". Un titre qui trouve autant sa signification dans la construction même du film, commune avec le roman, alternant donc répétitivement scène en Inde, puis en Italie, puis au Canada, que dans le dénouement de cette histoire qui relie divers personnages féminins. Par le choix de traiter ses trois histoires dans une succession aussi systématique, même s’il s’agit là d’offrir les portraits de trois femmes résolues à se battre (pour que sa fille aille à l’école, pour que l’entreprise de son père survive, pour l’emporter sur la maladie), difficile de ne pas voir en "La Tresse", trois films au lieu d’un.

Car au fond le caractère extrêmement léché de la photographie et le travail sur les couleurs (différencié selon les lieux), parviennent certes à traduire une ambiance (chaleureuse, lumineuse, froide), mais ils viennent renforcer le sentiment de cartes postales visant le dépaysement du spectateur avant tout, et flirtant souvent avec le cliché. Si la partie indienne subit cela de plein fouet au début, notamment avec la scène de nettoyage des toilettes, et la mise en avant d’une pauvreté lissée, Laëtitia Colombani parvient à se rattraper à partir du moment où la mère et sa fille s’engagent dans un périple non exempt de dangers pour elles.

C’est surtout la partie italienne qui en souffre. Voulant sans doute aborder trop de sujets en trop peu de temps (racisme, faillite des petites entreprises, amour filial, mariages arrangés, migrants...), nombre de ses scènes paraissent expédiées, réduites à leur pure utilité. Ceci quand elles ne confinent pas au ridicule, comme dans la scène de rapprochement entre la jeune femme (Fotinì Peluso, découverte dans la série "Salade grecque" de Cédric Klapisch et vue récemment dans "Le Colibri") et l’Indien qu’elle a rencontré à la bibliothèque, quelques éclats de rire ne pouvant se réprimer dans certains coins de la salle.

Heureusement la partie québécoise vient relever le niveau, l’emportant clairement au niveau émotion, grâce à un traitement plus sobre et surtout à sa formidable actrice Kim Raver (connue pour ses rôles dans les séries "Grey's Anatomy", "New York 911", ou "24 Heures chrono", et son rôle dans "La Nuit au musée"). On en oubliera alors presque le reproche facile de ne pas avoir choisi de tourner ici en français (public international oblige), pour se concentrer sur ce parcours déchirant de femme confrontée à la maladie dont l'« image dans le miroir doit être [son] alliée », afin qu’elle se sente encore vivante et puisse traverser cette épreuve. On aurait finalement préféré que cette histoire là prenne le dessus sur les deux autres. Une liberté que n’aurait sans doute pu prendre qu’une autre réalisatrice, moins attachée au matériel d'origine.

Olivier BachelardEnvoyer un message au rédacteur

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