LES HUIT SALOPARDS

Du sang et des armes

Un chasseur de prime du nom de John Ruth conduit Daisy Domergue, sa nouvelle prise, à Red-Rock dans des montagnes enneigées des États-Unis post-guerre de Sécession. Sur la route, il rencontre le Major Marquis Warren puis Chris Mannix. Rattrapée par la tempête de neige, la troupe accompagnée du conducteur de la diligence O.B va se réfugier dans la mercerie de Minnie. Ils y retrouvent quatre voyageurs qui semblent bien louches aux yeux de Ruth et Warren...

Ce n'est pas nouveau, Quentin Tarantino se plaît dans le western. Après "Inglourious Basterds", qui en prenait clairement les codes et "Django Unchained" qui se plongeait entièrement dedans, le réalisateur américain est parvenu à aller encore plus loin dans son envie. Avec "Les Huit Salopards", il nous sort le grand jeu, un tournage effectué sur pellicule 70 mm (ce qui est fièrement montré dès le générique de début) et Ennio Morricone à la baguette pour sa musique originale. Rien que ça. Pour rappel, le transalpin n'est autre que le compère de Sergio Leone dans la grande époque du western italien dits « spaghetti ». Après plusieurs essais infructueux, Tarantino est enfin parvenu à convaincre le compositeur de travailler avec lui, et ce pour notre plus grand bonheur. Sa musique parvient à mettre en place une ambiance discrète mais intense qui colle parfaitement aux images que l'on nous propose. Le maître n'a rien perdu en près de 40 ans.

Et il fallait bien ça pour appuyer l’ambiance pesante et faire passer la paranoïa dans laquelle on suit les protagonistes. Pour son huitième film, Quentin Tarantino nous offre une sorte d'hommage à ses précédentes réalisations avec certains éléments que l'on peut retrouver, que ce soit le huis clos de "Reservoir Dogs", le chapitrage de "Inglourious Basterds" (et apparemment même un lien de parenté entre deux personnages de ces deux films) ou encore certains thèmes de "Django Unchained"... Le tout saupoudré de dialogues comme seul Tarantino peut les imaginer ainsi que son humour si particulier à base de gore. Et ça fonctionne. On se retrouve devant un bon western rempli de personnages hauts en couleur et en mots qui nous captivent tout au long des 2h49 que dure le métrage (malgré un début qui tarde un peu à se mettre en route mais que l'on occultera presque en sortie de salle).

Parce que ce qui nous captive, c'est bien la seconde partie du métrage, celle qui se déroule dans l'auberge de Minnie. Alors que l'on voyageait dans une diligence sur les pentes enneigées des montagnes du Wyoming, dans le grand air, on se retrouve bien vite confiné dans cette pièce pour ce qui sera un huis clos des plus intenses. Tarantino parvient à faire monter la tension petit à petit et nous offre un scénario digne des meilleurs livres d'Agatha Christie. Il n'hésite d'ailleurs pas à prendre la parole via le biais d'une voice-over narrative pour nous livrer des éléments que la caméra ne nous montrait pas sur le moment. Un régal qui nous poussera à nous creuser la tête jusqu'à la révélation finale qui viendra, enfin, nous enlever ce poids que représentait le fait de ne pas savoir. C'est donc un film complet que nous livre Quentin Tarantino alliant le rire, la réflexion et le gore, pour nous faire vivre un moment qui s'inscrit pleinement dans la veine des grandes réalisations italiennes des années 60. Un bonheur pour les fans et une belle découverte pour les novices qui les poussera sûrement à s’intéresser à ce style.

Quentin ChirolEnvoyer un message au rédacteur

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