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EXPENDABLES 3

Un film de Patrick Hughes

Les papys ne font plus de la résistance

Barney Ross et sa bande reçoivent une nouvelle mission à effectuer pour la CIA, mais la cible à abattre ne se révèle pas être celle qu’ils croyaient : ils se retrouvent face à Conrad Stonebanks, cofondateur des Expendables, laissé pour mort par Barney et désormais trafiquant d’armes impitoyable. Durant cette rencontre, l’un des membres de l’équipe se retrouve grièvement blessé par Stonebanks, ce qui pousse Barney à ordonner la dissolution de l’équipe et le recrutement d’une nouvelle, plus jeune et prête à tout pour jouer les gros durs…

« Rien n’est éternel. C’est dur à entendre, mais nous sommes des vestiges » , déclare Stallone au bout d’une demi-heure de film. La phrase fait immédiatement tâche. Non pas en raison de son caractère anachronique (on en est au troisième film, à quoi bon la ressortir de nouveau ?), mais parce qu’elle perd ici tout son sens ironique. En effet, si les deux précédents films exploitait cet « acquis » à la manière d’un leurre, histoire de démontrer l’inverse et de célébrer la puissance encore intacte des action stars de notre enfance, "Expendables 3" en trahit l’utilisation détournée tout en justifiant le sens profond d’un constat aussi amer. Pour faire simple, les papys ne font plus de la résistance : ils sont fatigués et vont jusqu’à admettre leur faiblesse face à l’absence de l’appui d’une nouvelle génération. Pire encore, alors qu’on les imaginait revanchards et increvables malgré les années qui passent, c’est la mort de l’un d’eux qui se révèle à l’origine de ce terrible aveu. De quoi prendre hélas le sens du mot expendable (traduction de « remplaçable ») au premier degré et entamer l’inquiétante dérive d’une saga jusque-là si jouissive.

On ne cachera pas que l’âme d’"Expendables" était affaire de pure nostalgie chez une génération de cinéphiles élevés aux actionners testostéronés des 80’s. Tandis que le premier film faisait figure de baroud d’honneur inégal mais fendard, le second film concocté par Simon West brouillait les règles à travers le prisme du jeu référentiel, se refusant à laisser les figurines rouillées de notre enfance partir au musée sans rejouer leurs heures de gloire en mode auto-parodique. Que faire après cela ? En rajouter une couche de plus dans l’humour et la décontraction ? Sans doute pas. Les choix de casting pour ce troisième épisode offraient déjà une piste : deux blacklistés aujourd’hui réputés pour leurs déboires médiatiques ou judiciaires (Mel Gibson et Wesley Snipes), quelques has-been qui ont récemment perdu tout leur mojo (ceux qui croient Harrison Ford toujours capable de brandir le fouet d’Indiana Jones doivent se réveiller d’urgence !), un Antonio Banderas réduit à rouler des mécaniques comme un mariachi frimeur qui pointerait à Pôle Emploi, et surtout, une nouvelle équipe composée entre autres d’un benêt rescapé de "Twilight" (Kellan Lutz) et d’un videur de boite de nuit en micro-jupe et talons aiguilles (Ronda Rousey). Bref, deux générations qui n’ont rien à voir entre elles, et qui, malgré tout, vont devoir faire équipe.

Il y avait sans doute quelque chose à tenter de ce côté-là, peut-être dans l’idée de transformer la franchise "Expendables" en radioscopie évidente de l’évolution du cinéma d’action, ayant démarré par des légendes fondatrices et irrémédiablement vouées à l’extinction, qui, désormais, abdiquent au profit du jeunisme bourrin et triomphant. Le genre de passage de relais qui méritait une vraie approche réflexive sur le genre, et dont Stallone, au vu de sa carrure et de son parcours, paraissait être le point d’ancrage adéquat. Mais le scénario ne joue même pas cette carte-là. Au bout d’une heure de film, on esquisse d’ailleurs un énorme sourire, croyant à une fausse alerte : une fois la nouvelle équipe formée, celle-ci se retrouve capturée par le bad guy et Stallone rappelle alors sa vieille équipe de gros bras pour les libérer.

En gros, le retour des vrais patrons pour sauver les marmots du genre ? Euh, non, même pas. Parce qu’"Expendables 3" n’a strictement rien à offrir, autant en action qu’en énergie interne. Réalisateur d’un petit inédit DVD fort sympathique ("Red Hill"), Patrick Hughes n’arrive jamais à compenser la tiédeur pas possible de l’ensemble, l’infinie platitude des rares scènes d’action, le manque d’énergie des comédiens et l’incommensurable laideur des effets spéciaux. Plus soignée que celle de ses deux prédécesseurs, sa mise en scène se révèle même trop sage et son découpage dénué de la moindre énergie. Même la violence gore et les punchlines tordantes des deux premiers épisodes pointent aux abonnés absents. Du coup, on baille entre deux scènes rigolotes (dont une ouverture ferroviaire où Wesley Snipes nous refait le Jon Voight de "Runaway Train") et on tente de se consoler avec un dernier quart d’heure riche en cascades, tout en se posant la pire question : à qui s’adresse réellement ce film ? Entre des trentenaires de l’époque qui vont se tourner les pouces et un jeune public qui se moquent sournoisement des vieilles légendes du genre, pas facile de trancher.

Ne reste alors qu’un seul point fort : Mad Mel. Eh oui, ce bon vieux Mel Gibson, relancé suite à ses prestations géniales chez Robert Rodriguez ("Machete Kills") et Jodie Foster ("Le Complexe du castor"), et qui est ici clairement le seul à s’éclater. Le plus paradoxal, c’est que son personnage de méchant particulièrement sadique incarne la vraie conscience de la saga "Expendables". En effet, son objectif est d’éviter toute morale, de bannir le statut de « gentil héros » et de triompher en faisant le sale boulot dont personne ne veut. Un lien direct avec la profession de foi initiale de Sylvester Stallone : aller à contre-courant des modes consensuelles, faire renaître de ses cendres un genre brutal et mal élevé que les studios voudraient enterrer ou assouplir, et révéler une puissance d’action toujours aussi vivace. La tempête a visiblement changé de direction : Stallone n’est désormais plus qu’un monolithe affaibli, tutoyant malgré lui la fin d’une image bourrine qu’il a contribué à façonner. Et à ce stade, les larmes aux yeux, on n’a hélas plus qu’une chose à lui conseiller : prendre sa retraite.

Guillaume GasEnvoyer un message au rédacteur

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