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EXPENDABLES 2

Carte vermeil pour bérets verts

Barney Ross et sa bande de mercenaires œuvrent toujours à travers le monde. Lorsque Church leur assigne une nouvelle mission afin de payer leur dette, nos combattants vont se retrouver en Albanie pour une simple mission de routine : récupérer un document top secret. C'est sans compter sur Villain, un mercenaire aux méthodes moins glorieuses, qui compte bien se procurer l'objet tant convoité. Cette fois-ci, Barney et sa bande auront besoin d'aide extérieure afin d'accomplir leur mission.

C’est avec une moyenne d'âge de 51 ans (bien que diminuée par le jeunot Liam Hemsworth) que débarquent nos grabataires à la gâchette facile. Suite du concept imaginé et initié par Stallone il y a un peu plus de deux ans (et fantasmé par la planète cinéphile depuis près de 25 ans), le métrage était attendue au tournant. Au profit de la nostalgie et du rêve de fanboy accompli, on avait pardonné beaucoup de défauts à un premier épisode bien trop brouillon et qualitativement moins satisfaisant que les deux réalisations précédentes, "Rocky Balboa" (2006) et "John Rambo" (2008). Trop souvent qualifié de ringard, ayant connu une carrière en dents de scie jusqu'à sombrer dans les méandres du DTV, c'était sans compter sur l'intelligence de Stallone et son acharnement pour ressusciter après les deux films précédemment cités. C'est en concluant les vies diététiques des deux personnages qui lui ont valu d'entrer dans la légende du Cinéma de genre que Stallone allait pouvoir passer à la vitesse supérieure. Mais ce qui ne devait être qu'à l'origine qu'un film choral testamentaire sur une époque révolue a rencontré le succès que beaucoup ne lui prédisaient pas. Pourquoi dès lors arrêter la fête ? Et pourquoi ne pas inviter encore plus de monde ? Cette suite allait-elle donc corriger le tir et, en même temps, remplir les nouvelles attentes créées à la demande du spectateur resté sur sa faim en termes de casting (Willis et Schwarzy ne dépassant pas les 5 minutes et ne tenant même pas une arme) ? La mission est en quelque sorte a moitié accomplie.

Deux éléments importants sont à prendre en compte. "Expendables" est le bébé de Stallone, et sa touche visuelle acquise depuis le dernier épisode de Rambo le suit donc. Même si l'ancien poulain de Bruckheimer, Simon West, se retrouve cette fois-ci derrière la caméra, c'est la signature de Stallone que l'on aperçoit dès les premières images. Ici, les corps sont déchiquetés par les rafales et les têtes explosées par des tirs de sniper, mais alors que "John Rambo" bénéficiait d'une réalisation classieuse, tout se fait dans des montages rapides et des plans très serrés. Rien ne rappelle le style du réalisateur des "Ailes de l'enfer". Cette guerre se fait "dans le sang et les tripes"... avec le budget alloué par Nu Image, la société qui a accueilli Stallone lorsqu'il était au plus bas. A budget moyen, image moyenne, et donc comme avec le premier film, on se retrouve avec une photo a gros grain, des plans serrés utilisés pour ne pas montrer la pauvreté des décors et des scènes de dialogues servant la profondeur relative des personnages (le sniper racontant pourquoi il a quitté l'armée... une scène aussi inutile que maladroite), mais également à allonger les bobines. Les défauts visuels du premier film sont donc bien toujours présents.

Heureusement, "Expendables 2" tient toutes ses promesses sur les autres plans. Disposant d'un bodycount hallucinant (il y a plus de cadavres dans ce film que dans tous les films de son trio majeur réuni), nos héros s'en donnent à cœur joie dans la distribution gratuite de plomb dans la tête ! En reprenant toujours les recettes de leurs succès d'antan (ennemis asiatiques communistes, terroristes, oneliners à gogo...), Stallone n'hésite pas à y mêler une véritable introspection sur les spectres et références filmiques de son œuvre. Ainsi, une asiatique au service de Church (Willis) se joint à ce all man Cast. Référence ouverte au personnage interprétée par Julia Nickson dans "Rambo 2", cet exemple parmi tant d'autres montre la volonté de Stallone de renvoyer à certains passages clés de sa carrières, utilisant la culture cinématographique du spectateur comme background à ses personnages et ce qui les entoure (a la façon, et dans une moindre mesure, de Joe Dante, voir la critique de « The Hole » par Eric Nuevo). C'est cette frontière, ce quatrième mur entre l'espace filmique et réel que Stallone et sa bande vont dynamiter. Nous en avions déjà un bref aperçu dans la scène de l'église du premier film, mais ce sentiment de voir ici évoluer Willis, Schwarzenegger et Chuck Norris et pas leurs personnages est omniprésent. Ce dernier, offrant au spectateur une entrée spectaculaire d'anthologie, va même jusqu'à puiser dans la légende acquise malgré lui sur internet (on ne va pas spoiler, mais ce Chuck a décidément beaucoup d'humour et de recul sur lui-même). Des dialogues entiers font références aux filmographies respectives des acteurs. Norris est appelé Lone Wolf en référence à Lone Wolf McQuade, son personnage de Texas Ranger, ancêtre de Walker. Schwarzy et Willis s'échangent leurs répliques les plus cultes. L'Autrichien va même jusqu'à parler de Rambo ! Ce renvoi automatique à leurs œuvres, ces privates jokes entre comédiens n'est pas nouveau (Stallone traitant Rambo de tapette dans "Tango & Cash", se moquant des aspirations politiques de Schwarzy dans "Demolition Man", se dernier le grimant en Terminator dans "Last Action Hero"), mais se trouvait la plupart du temps dans des comédies. C'est la nouvelle orientation que prend "Expendables" et la pente est glissante dans ce domaine. A trop vouloir tirer vers le second degré, la frontière de la parodie, dont on ne revient jamais, n'est pas loin.

Il est quand même plaisant de revoir toutes ces tronches burinées, et ayant mal vieillies pour la plupart, dans le même film. Il est bien loin le temps où Jet Li incarnait Wong Fei-Hung, où Chuck terrassait ses ennemis avec ces fameux roundhouse kicks. Mais tant pis, la simple possibilité d’assister au chant du cygne de nos héros, côtes a côtes et la crosse à la main, ces habitués du one man army enfin réunis dans un men on a mission, fait tout l'intérêt et la magie du film. Un film dont la puissance symbolique nostalgique est augmentée par, vous l'aurez compris, la présence de Chuck Norris, mais également de JCVD, interprétant le méchant de l'histoire (et dont le jeu d'acteur catastrophique est à l'opposé de ce dont il se vantait dans l'interview accordée à nos confrères des Inrockuptibles), et surtout à la présence armée de Schwarzy et de Bruce. Enfin !

"Expendables 2" répond donc bien aux attentes des spectateurs tout en laissant une liberté totale à ses interprètes, qui s’amusent comme dans une cour de récréation géante. Encore une fois l'exercice de style est périlleux, car pouvant tomber dans le cliché parodique a tout moment, mais l'équilibre se maintient. Il pourrait commencer à vaciller à l'annonce de projets similaires - on parle d'une version féminine à laquelle Sigourney Weaver aurait donné son accord - et du casting orgiaque d'un éventuel troisième épisode. Mais on est prêt à prendre le risque, car rajouter Wesley Snipes, Kurt Russell, Steven Seagal ou encore Clint Eastwood et Sean Connery, ca aurait de la gueule, même si la sauce risque de tourner et de transformer le tout en "film de potes".

Stallone aura prouvé une fois de plus que là où on l'attend le moins, là où on pense qu'il va se planter, il aura à la fois donné tort à ses détracteurs et lancé des modes, des genres et des personnages forts.

T'es le plus fort Rocky. Je t'aime !

PS : la note donnée est une moyenne entre un +1 pour le spectateur n'attendant rien de ce film et un +3 pour celui fan de son casting. Choisissez votre camp !

Francois ReyEnvoyer un message au rédacteur

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