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INTERVIEW

VILAIN (LE)

Après le coup de sang que l’acteur-réalisateur a pris en direct du journal de France 3, où il a quitté le plateau télé découvrant que le journaliste n’avait pas vu le film, Albert Dupontel fait le tour de France pour présenter son dernier cru « Le Vilain ». Le film le met en scène …

© StudioCanal

Après le coup de sang que l’acteur-réalisateur a pris en direct du journal de France 3, où il a quitté le plateau télé découvrant que le journaliste n’avait pas vu le film, Albert Dupontel fait le tour de France pour présenter son dernier cru « Le Vilain ». Le film le met en scène dans un rôle qu’on adore le voir jouer : le barjot déglingué au grand cœur !

Albert s’est entièrement consacré à l’écriture de son « Vilain » depuis 2007. Quand il a joué avec Catherine Frot sur le film d’Eric Emmanuel-Schmitt « Odette tout le monde », il a découvert une femme dont il dit qu’elle a « une douce folie » : un trait de caractère idéal pour le personnage de Maniette, maman de son « Vilain ». Le courant est si bien passé entre les deux comédiens qu’une fois le scénario bouclé, il lui demande de prendre les traits de cette vieille dame, arguant qu’il fallait le « clown » de Catherine pour faire tenir debout cette fable. La réponse de Catherine est sans équivoque : « Oh la la Albert, c’est quelque chose ton histoire : je ne dis pas oui, je ne dis pas non ! »

Pour le reste du casting, Albert va chercher dans son carnet d’adresse intime (Philippe Duquesne, Nicolas Marié) et va recruter la nouvelle énergie du cinéma belge (Bouli Lanners). Leur point commun ? Une certaine autarcie qu’il admire chez les plus grands comme Keaton, Chaplin et Orson Welles, mais aussi chez les plus modestes comme Délépine (pour qui il a joué deux fois déjà dans « Avida » et « Louise-Michel »).

Son nouveau film est comme un écho à ces précédents mais un ton en-dessous. Alors, Albert Dupontel se serait-il assagi ? « Non, pas du tout. Je vieillis !, indique-t-il. Et d’ajouter : Mon discours est plus précis, plus concis. Les sujets que j’aborde deviennent pour moi plus clairs. Quand j’avais 30 ans, j’y voyais moins clair. Et je dois avouer que je préférais cette période d’antan. » Et oui, l’enfance d’Albert Dupontel ne l’a jamais quitté et il a beau avoir « vieilli », il reste une part insatiable d’enfance en lui. Il n’est pas fan absolu de Terry Gilliam pour rien. Alors, pensez bien, ces films s’en ressentent ! Son "Vilain" est un grand enfant qui joue à MacGyver pour faire tomber sa maman mais aussi sa tortue ! « Cet animal, véritable personnage secondaire, est assez vite arrivé dans le scénario, raconte-t-il. Je cherchais un animal domestique qui aurait pu survivre à la jeunesse du Vilain. Quand on a fait des séances test auprès d’un public, la tortue est arrivée en tête des personnages préférés. J’ai appelé Catherine, ensuite, pour la prévenir qu’on avait été grillé par une tortue ! »

Albert confesse une chose : « Je ne me recycle pas beaucoup ». C’est vrai que les courses-poursuites avec une musique tonitruante, les gamelles infligées à ses héros et la toile de fond sociale toujours présente, c’est du Albert tout craché. Mais le ton de ce nouveau film est lui bien différent. La vieillesse, comme il l’a dit tout à l’heure. « C’est mon film le plus sobre » résume-t-il. Il est en effet passé du trash à la « fantaisie, l’absurde et la loufoquerie ». Ça c’est un sacré coup de pelle à la gueule infligée aux fans de ses hystéries pétaradantes. Peut-être y reviendra-t-il. Peut-être la page est-elle réellement tournée pour de bon. Comme on dit : réponse dans le prochain épisode du film d’Albert, qu’on attend déjà avec impatience.

Mathieu Payan Envoyer un message au rédacteur

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