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LE VILAIN

Un film de Albert Dupontel

Une folie (trop) douce

Maniette vit dans un quartier en proie à un promoteur immobilier qui veut tout racheter pour y édifier un nouvel ensemble bancaire. Mais Maniette résiste. Elle ne veut pas sacrifier sa belle maison et ses immenses souvenirs de famille. Avec quelques amis, elle a d’ailleurs constitué une association de protection de son quartier. Un jour, son fils revient après 20 ans d’absence. Celui-ci profite du grand âge de sa mère et de sa naïveté pour se faire oublier d’une bande de tueurs qui le recherche activement. Maniette, d’abord heureuse de retrouver son fils, va ensuite découvrir son vrai visage et va tenter de le ramener vers le droit chemin...

Ouh qu’il est vilain Dupontel ! C’est un braqueur de banque qui n’a pas fait de longues études mais qui est malin comme un singe, un peu comme sa maman. Une mère façon mamie Nova, d’une gentillesse incommensurable, qui croit être punie par le Seigneur de ne pas avoir correctement éduqué son fils et condamnée à rester éternellement dans notre monde. L’une essaiera de remettre l’autre dans le droit chemin quand l’autre essaiera carrément de se débarrasser de sa génitrice !

Avec un pitch pareil, on en salivait d’avance de se dire que le réalisateur de « Bernie » et « Enfermés dehors » allait nous en foutre une nouvelle fois plein la gueule ! Le mieux étant bien sûr que ça fasse le plus mal possible ! Aïe, première gamelle : Dupontel a mûri et il ne voit plus les choses de la même manière… Son « Vilain » porte bien son nom. On l’aurait aimé sadique, cruel et barbare comme bon nombre des héros de l’ancien Dupontel. On le découvre vilain, malhonnête et blagueur…

Par chance, son côté grand gosse ne l’a pas complètement quitté. Ainsi, son « Vilain » en fait voir de toutes les couleurs à une pauvre petite tortue (gravée « Je suis une salope » sur la carapace !) qui, surtout, le lui rend bien. Un savant fou opère à blanc des blessures par balles réelles. Les courses-poursuites sur fond de musique délirante sont une nouvelle fois merveilleusement orchestrées.

Mais tout de même, un réel changement s’opère avec ce film. Les habitués de la bonne crise de fous rires, de la pagaille en tout genre et du déluge de folie en seront pour leur frais. Deuxième claque : Dupontel est devenu sage. Il aborde ses sujets de manière nouvelle. Il ose le sobre, la folie douce, une maman posée, un fils qui se prend pour McGyver et qui y va par quatre chemins quand, il n’y a pas si longtemps, une simple pelle lui suffisait pour abattre ses cartes.

Côté casting, on se régale des seconds rôles confiés notamment aux excellents Bouli Lanners et Nicolas Marié. Catherine Frot compose une vieille dame qui lui correspond assez bien, rappelant quelques traits de caractère vus dans ses précédents films : finesse d’esprit, élégance de l’humour, désinvolture et joliesse à toute épreuve. Albert Dupontel, quant à lui, retrouve un de ses personnages fétiches, sorte de mix entre Bernie, le Créateur et le clodo d’Enfermé dehors. On regrettera simplement que ce joyeux bordel soit si propret et qu’il ne parte pas dans un show complètement foldingue.

Une page semble se tourner dans la carrière de Dupontel. Son film s’ouvre à un public plus familial. On pourra toutefois regretter son humour plus frappadingue d’antan.

Mathieu PayanEnvoyer un message au rédacteur

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