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INTERVIEW

UN PETIT JEU SANS CONSEQUENCE

Bernard Rapp nous accueille avec le sourire, entouré de deux de ses acteurs, Jean Paul Rouve, des Robins des bois, et Lionel Abelanski. La douceur de sa voix met tout de suite à l’aise. Plein d’une vitalité qui lui est propre, il nous explique la genèse de son petit jeu sans conséquence.

© Anne Laure POTHIN

Bernard Rapp nous accueille avec le sourire, entouré de deux de ses acteurs, Jean Paul Rouve, des Robins des bois, et Lionel Abelanski. La douceur de sa voix met tout de suite à l’aise. Plein d’une vitalité qui lui est propre, il nous explique la genèse de son petit jeu sans conséquence.

Le film est adapté d’une pièce de théâtre. Dans la pièce, il y avait cinq personnages, il en rajouté 13 ici, portant le total à 18. Il précise que dans la pièce, la plupart existaient, mais se trouvaient « hors champ ». Il insiste particulièrement sur le fait qu’un autre personnage a aussi été ajouté : la maison. Pour lui, l’idée du déménagement était indispensable. Il n’est pas sûr en effet, que si la rumeur avait été lancée dans d’autres situations, elle n’aurait pas eu moins d’ampleur. Les déménagements sont le type de moments même, où tout peut arriver.

La maison est donc un personnage à part entière. Peu à peu les pièces se vident, on retrouve des souvenirs, comme la caisse à microsillon, et du coup, logiquement, la musique du film s’inscrit dans cette logique, qu’il s’agisse de la séquence du spectateur, de Petula Clark ou des Platters. Avec la séquence du spectateur, l’idée de la glace est venue. Jean Paul Rouve se regarde dans un miroir, danse, et prend en quelque sorte son pied. En contrepoint, Marina et Patrick (Lionel) se regardent, interrogatifs ou dépités. Pour Bernard Rapp, se sont tout de même des gens qui s’aiment qui sont réunis sous ce toit, sauf peut être les « amis », qu’on entend ou voit moins.

La pièce imposait l’unité de lieu, d’action. Le texte était magnifique, digne d’un Marivaud moderne. Les dialogues ont été conservés, et environ 30% ont été ajoutés et retravaillés, réécrits dans l’esprit de la pièce. Pour donner de la fluidité au film, Bernard Rapp a fait confiance à la technique, s’inspirant de films tels « Le limier » de Mancvhievitz, ou des films de Ozon, Woody Allen… Au passage, il avoue qu’il est intéressé par les mêmes thèmes, comme la cruauté ou l’ambiguïté, mais il a déjà fait beaucoup plus noir. La pièce est pour lui une comédie comique, mais devant le film, il remarque que les hommes et les femmes ne rient pas aux mêmes endroits.

Bernard Rapp a choisi de ne pas reprendre les comédiens de la pièce de théâtre, car celle ci s’apparente plus à du boulevard. Il a pensé à Marina Foïs après avoir vu Bienvenue au gîte. Quant au rôle du séducteur, il voulait quelqu’un venu d’ailleurs, et surtout pas un jeune premier. Jean Paul Rouve indique avoir vu la pièce avant de savoir à quel rôle le réalisateur pensait lui offrir. Il était logique pour lui, d’aller vers un rôle inconnu, et tellement bien écrit. Il a notamment été séduit par le fait que tous les personnages ont des scènes avec tous les autres, ce qui permet de dévoiler plusieurs facettes de soi, en fonction de qui on a en face. Pour lui, il ne fallait rien changer au texte, et il l’a d’ailleurs appris dans la continuité, ce qui n’est pas usuel au cinéma. Ici, il y avait de la précision dans le texte.

Bernard Rapp indique alors que la travail d’adaptation s’est fait avec les auteurs. Car en fait, chaque personnage a son propre langage. Il y a celui qui pense « fric », le couple qui ne pense qu’au sexe, etc. La scène clé du film est certainement la scène de la malle, où Jean Paul dit crûment ses quatre vérités à Lionel. Pour Lionel Abelanski, c’est en tout cas la scène qui a le plus choqué, mais c’est aussi celle qui donnait envie de jouer ce rôle. Dire cela à quelqu’un dans la réalité lui paraît quasi impossible. Il avoue qu’ils ont eu beaucoup de mal à la tourner, surtout à cause du champ contre champ. Jean Paul Rouve précise qu’il fallait qu’ils soient absolument ensemble, qu’ils s’écoutent. Car ici, c’est le changement de langage du personnage qui crée le comique, passant du bien élevé aux gros mots. Quelque part, il résume son personnage en une sorte de Terminator, qui a complètement analysé celui de Lionel, et lui sort sa fiche, « en résumé ». Cependant, son personnage lui paraît sincère. Il est réellement attiré par la fille (Sandrine Kiberlain), car il se souvient d’elle depuis la fameuse journée, deux ans auparavant, sur l’île de Ré.

Le tournage a eu lieu dans un temps absolument épouvantable. Et l’ambiance devant être celle d’une belle journée d’été, Bernard Rapp indique qu’il a fallu jusqu’à 6 tours de 6 m, pour apporter la lumière souhaitée. Une belle conclusion, ensoleillée, pour l’une des interviews les plus sympathiques que nous ayons eu en cette année 2004.

Olivier Bachelard Envoyer un message au rédacteur

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