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INTERVIEW

TOMBOY

Journaliste :
Comment avez-vous trouvé la petite Zoé, l’héroïne de votre film ?

Céline Sciamma :
Le casting était notre préoccupation majeure. Vu la rapidité avec laquelle le film s’est mis en place, nous n’avions pas le temps de procéder à un casting sauvage. On a don…

© Pyramide Distribution

Journaliste :
Comment avez-vous trouvé la petite Zoé, l'héroïne de votre film ?

Céline Sciamma :
Le casting était notre préoccupation majeure. Vu la rapidité avec laquelle le film s'est mis en place, nous n'avions pas le temps de procéder à un casting sauvage. On a donc fait appel à une agence de comédiens et, dès le premier jour de casting, nous sommes tombé sur Zoé. Elle correspondait parfaitement au rôle que j'avais écrit. Une chance incroyable.

Journaliste :
Pourquoi avoir choisi de situer l'action de votre film dans une banlieue résidentielle ?

Céline Sciamma :
Tout d'abord parce j'ai grandi dans un endroit comme celui-ci, une banlieue de classe moyenne comme on peut le voir dans Tomboy. Un immeuble et tout près, une forêt où l'on pouvait aller jouer. Le fait de situer l'action du film dans un endroit pareil a pour but de rendre l'enfance intemporelle et de ne pas montrer une enfance bitume. De plus, j'aime le contraste appartement / forêt. L'appartement, c'est le nid douillet de mon héroïne, et la forêt fait écho aux contes, au paradis, à Peter Pan...

Journaliste :
Cela n'a pas été perturbant pour la petite Zoé de jouer ce rôle ?

Céline Sciamma :
Pas du tout. Vous savez, les enfants ne se posent pas tant de questions sur les agissements d'un personnage. Elle ne m'a, par exemple, jamais demandé pourquoi son personnage se faisait passer pour un garçon.

Journaliste :
De quelle manière avez vous dirigé les enfants pour atteindre ce degré de réalisme ?

Céline Sciamma :
Avant tout, je leur parle, je leur explique les motivations de leurs personnages. Je donne des réponses à leurs questionnements. Travailler avec des enfants nécessite également une présence de tous les instants. Je jouais énormément avec eux pour créer une vraie complicité. C'est assez épuisant, mais on y arrive. J'ai vécu une relation très chaleureuse avec la petite Jeanne Disson, la sœur de Laure dans le film. Et puis, avec ma chef op’, on tournait de longs plans, afin d'éviter aux enfants le langage difficile du cinéma : « couper » « on la refait » « encore ». Il faut désacraliser les rituels techniques avec eux.

Journaliste :
Vous avez tourné votre film avec un appareil photo numérique. Etait-ce un choix d'ordre économique où une volonté artistique ?

Céline Sciamma :
Une volonté artistique totale de ma part. J'aime beaucoup la liberté que peut apporter cet appareil, et puis j'aime la palette de couleurs que peut offrir le 7d. Ce sont des couleurs chaleureuses, exactement ce qu'il me fallait pour le film. Ce choix correspondait parfaitement à mes exigences de souplesse et de légèreté. Avec la chef op', on a pu également travailler la profondeur de champ de manière extrêmement précise. Et puis, cet outil est génial pour pouvoir filmer à hauteur d'enfant !

Journaliste :
Qu'est ce qui vous a attiré dans le fait de raconter cette histoire ?

Céline Sciamma :
J'avais depuis longtemps l'idée de faire un film sur une fille qui se fait passer pour un garçon. Vous dire vraiment pourquoi, je ne sais pas. Mais ce qui m'intéressait était de faire une chronique de l'enfance avec toutes les ambiguïtés sentimentales qui en découlent. Avec « Tomboy », j'ai essayé de capter les pulsations de l'enfance.

Journaliste :
Dans votre premier film, « La naissance des pieuvres », ce sont les pulsations des ados que vous avez saisies avec, entre autres, l'appui de la bande originale du groupe Para One. Dans Tomboy, il n'y a pas de musique. Pourquoi ce choix ?

Céline Sciamma :
Cela faisait partie du packaging de mon film. De la rapidité, de la spontanéité, du mouvement et pas de musique ! La musique sert à souligner une émotion, à emmener le spectateur dans une émotion. La musique fait partie du monde des adultes, je n'en voulais pas pour ce film. Je voulais aller ailleurs, essayer autre chose, même si le fait de travailler sur une bande originale est une chose assez jouissive à faire.

Anthony REVOIR Envoyer un message au rédacteur

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