Parce qu'on en a jamais assez !

AGATHE CLERY

CONTRE: Niveau -1 - Cliché noir et blanc

Agathe est la femme moderne à qui tout réussit: directrice du marketing dans une entreprise de produits cosmétiques, physique avantageux, entourage aimant et attentionné. Son seul défaut? Elle est raciste. Mais puisqu’elle se garde bien de côtoyer des étrangers, cela ne représente pas un vrai problème, si ce n’est qu’elle n’est appréciée par aucun de ses collègues. Le jour où elle apprend qu’elle est atteinte de la maladie d’Addison, dont l’un des effets est la pigmentation de la peau en noir, sa vie idyllique bascule...

Mais pourquoi? Voilà la première chose qui vient à l’esprit (après l’envie de sortir en plein milieu du film). Etienne Chatiliez, entomologiste connu pour épingler nos plus vils comportements humains, s’est complètement perdu dans ce film. Le sujet de départ était déjà propice à controverse, mais pouvait devenir un véritable enjeu grâce à un traitement en finesse. Mais Etienne Chatiliez glisse dangereusement du côté opposé à celui où il semblait vouloir nous emmener initialement.

On assiste à un défilé de clichés sur la sexualité et la coiffure affros, en passant par la vérité absolue qui veut que les personnes noires ont naturellement le rythme dans la peau ! Et là, oh miracle, pour couronner le tout: les personnages chantent et dansent ! Comme si le scénario basé sur une femme blanche, raciste et atteinte de la maladie d’Addison n’était pas suffisamment «too much», on emprisonne le spectateur dans une angoisse permanente: vont-ils se remettre à chanter? C’est d’autant plus regrettable que c’est uniquement dans ces chorégraphies incongrues mais hautes en couleurs que l’on retrouve la «patte» de Chatiliez, faible hommage à son passé de réalisateur de publicités. Dans l’idée de la comédie musicale sur fond de maladie incurable, on est loin du talentueux «Jeanne et le Garçon formidable» d’Olivier Ducastel et Jacques Martineau.

Où est donc passé le cynisme et l’irrévérence du réalisateur de « Tanguy » et « Tatie Danielle » ? La cruauté qui se cache en chacun de nous, que Chatiliez prenait plaisir à tourner en dérision avec une juste pointe de positivisme? Evidemment en changeant de couleur de peau Agathe Cléry subit des pertes en cascade: emploi, amis, conjoint…c’est déjà peu crédible mais la lourdeur de la forme engloutit l’intérêt du propos. Dernier regret, la prestation de Valérie Lemercier, excellente actrice au demeurant, qui ne parvient pas à sauver le personnage.

Anthony MARDONEnvoyer un message au rédacteur

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