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TOP 5 FILMS DE MARTIN SCORSESE

La rédaction d’Abus de Ciné vous livre son classement des 5 meilleurs films de Martin Scorsese. Un top 5 qui fait largement honneur aux débuts du réalisateur newyorkais, avec trois films mettant en vedette Robert De Niro contre deux avec Leonardo DiCaprio. A noter que les votes ne prennent pas en compte la sortie du dernier film du réalisateur "Le Loup de Wall Street".

5e // GANGS OF NEW YORK (2002)

Dix-neuvième long-métrage de Martin Scorsese, le bien nommé "Gangs of New York" marque un tournant dans la déjà riche filmographie du cinéaste. Principalement parce qu’il s’agit de sa première collaboration avec celui qui deviendra son nouvel alter-ego, sept ans après un "Casino" flamboyant, qui voyait le fidèle Robert De Niro quitter l’univers scorsesien. En pleine négociation de sa carrière post-"Titanic", Leonardo DiCaprio croise en effet la route de Marty, les deux hommes développant dès lors une relation de confiance comme le cinéma en connaît peu. Le film, lui, correspond parfaitement au cinéma de Scorsese.
Pourtant handicapé par les remontages effectués par ses producteurs (les Weinstein, toujours dans les mauvais coups…), "Gangs of New York" peut se voir comme le métrage séminal à toute la filmographie newyorkaise du cinéaste, à la fois fresque historique, drame romantique et récit de vengeance. Totalement dominé par la figure imposante de Bill Boucher, personnifié par un Daniel Day-Lewis franchement impressionnant, le film dresse le portrait d’une ville encore naissante, marquée par l’immigration massive et les guerres de gangs (avec une incroyable bagarre générale en guise d’introduction), en passe de devenir la mégalopole surpuissante qu’elle est aujourd’hui. Sans doute pas le meilleur film de son auteur, mais assurément l’un des plus passionnants.

Frédéric Wullschleger

 

4e // CASINO (1995)

"Casino" dépeint la descente aux enfers de Sam "Ace" Rothstein (Robert De Niro), gérant du casino Tangiers à Las Vegas, ce business n'étant qu'une façade pour les activités de la mafia. Son amitié avec le malfrat Nicky Santoro (Joe Pesci) et son amour aveugle pour la pimpante Ginger (Sharon Stone) vont le précipiter à sa perte. L'ouverture du film est marquante : Sam entre dans sa voiture, met le contact, le véhicule explose et le générique s'ouvre dans les flammes sur une musique de Jean-Sébastien Bach.
L'enfer commence. Retour en arrière, donc, pour la première scène post-générique qui nous montre un Robert de Niro impérieux, en contre-plongée, toisant son casino avec supériorité. Les trois heures suivantes nous plongent dans cet univers impitoyable où le crime côtoie les paillettes, où l'argent et le sexe sont les attributs absolus du pouvoir.
La caméra de Scorsese ne semble jamais s'arrêter, le montage pose un rythme infernal, les plans souvent très courts s'enchaînant de manière effrénée. Le film détient d'ailleurs, bien malgré lui, un record quasi-inégalé, celui de la plus grande utilisation du mot fuck. On entend en effet le f-word 428 fois, notamment grâce à la performance du nerveux Joe Pesci qui n'aura jamais incarné un malfrat aussi impulsif et violent que dans ce film...
"Casino" est la dernière collaboration entre Scorsese et De Niro et, osons le dire, peut-être aussi le dernier grand rôle à l'écran de ce dernier (avec "Heat" la même année). Car depuis presque vingt ans, le monstre sacré a enchaîné un nombre impressionnant de films, soit cabotinant dans des œuvres mineures ou médiocres d'un côté (la série "Mon beau-père et moi"), soit brillants mais relégués dans des seconds rôles ("Jackie Brown" ou le plus récent "Happiness Therapy"). Il est loin le temps de Travis Bickle et de Jack La Motta...

Rémi Geoffroy

 

3e // LES AFFRANCHIS (1990)

« Autant que je me souvienne, j’ai toujours rêvé d’être gangster. » C’est sur cette maxime devenue célèbre que s’ouvre "Les Affranchis" ("Goodfellas" en VO, qui signifie « les bons gars »), qui raconte sur une trentaine d’années la vie d’Henry Hill, authentique mafieux ayant grimpé les échelons du grand banditisme avant de se retourner contre ses anciens amis et collègues.
Un sujet en or pour le Scorsese fiévreux et agité des années 80-90, qui s’en empare avec énergie et virtuosité, pour livrer ce que beaucoup considère comme son meilleur film. Sur un rythme effréné et dans un style opératique, épousant à merveille le point de vue de son héros (formidable Ray Liotta), le cinéaste enchaîne les morceaux de bravoure, loin de se contenter d’énumérer les passages obligés du genre, qu’il transcende constamment à l’aide d’un montage hallucinant, d’une bande son fabuleuse (47 morceaux utilisés !) et d’une caméra littéralement déchaînée.
Plans-séquences dantesques, passages à tabac ultra-violents, Bob De Niro et Joe Pesci en acolytes furieux, dernière demi-heure en forme de requiem frénétique… Ce n’est qu’une infime portion de ce que réserve cette fresque criminelle « speedée », l’un des longs-métrages les plus importants de l’histoire du cinéma américain. Et que tout cinéphile qui se respecte se doit d’avoir vu au moins une fois dans sa vie. Un chef-d’œuvre. Un vrai !

Frédéric Wullschleger

 

2e // LES INFILTRÉS (2006)

C'est le plus gros succès de la carrière de Martin Scorsese à ce jour. Avec presque 290 millions de dollars au box-office et quatre oscars décernés dont Meilleur film et Meilleur scénario, il s'agit là d'un triomphe mérité puisque "Les Infiltrés" se révèle être l'un des meilleurs, si ce n'est le meilleur film de la carrière de Scorsese.
Remake du premier volet de la trilogie hongkongaise "Infernal Affairs", "Les Infiltrés" reposait déjà sur un script qui avait fait ses preuves. La plume de Monahan et l'impressionnante transposition vers l'univers de la pègre irlandaise, qui saute aux yeux dès les premières minutes du film, ont magnifié cette captivante histoire d'agents doubles. La séquence d'ouverture exposant en une vingtaine de minutes les destins des deux infiltrés fait instantanément oublier l'opus d'Andrew Lau et Alan Mak tant l'immersion au sein de ce Boston maffieux est efficace.
Le montage est au diapason, rythmé et limpide, exacerbant la tension émanant des enjeux des protagonistes. Et que dire de l'interprétation, tant l'ensemble du casting, déjà alléchant sur le papier, rayonne. La distribution est parfaite, tout le monde est à sa place. Nicholson incarne le mal suprême et la figure paternelle manipulatrice ayant donné naissance à deux frères ennemis. Matt Damon est le choix rêvé pour ce capitaine débonnaire et dédaigneux complice de la pègre. DiCaprio confirme à l'époque son immense talent d'interprétation et rompt définitivement son image de minet de "Titanic" en incarnant avec brio un infiltré angoissé par la pérennité de sa couverture. L'excellence se manifeste même dans les seconds rôles qui ne sont pas en reste puisque le scénariste William Monahan leur fait la part belle avec de véritables enjeux et de vraies personnalités, ravivant ainsi les profils de Mark Wahlberg, Alec Baldwin ou Martin Sheen à travers d’ébouriffantes joutes verbales. Extraordinaire.

Alexandre Romanazzi

 

1er // TAXI DRIVER (1976)

Premier film de référence de Scorsese (jeune réalisateur de 34 ans), "Taxi Driver" est aussi son premier grand succès, critique et public. Pourtant, le thème est dur et le film est noir. C’est Brian de Palma qui donne cette sombre histoire de Paul Schrader à Scorsese. La production se monte difficilement et Dustin Hofman est envisagé dans le rôle du chauffeur de taxi. Mais après "Mean Streets", l’évidence de retravailler avec Bob De Niro saute aux yeux de Scorsese et intéresse ses producteurs. "Taxi Driver" dresse le portrait d’un homme solitaire, un étranger, un newyorkais à part, en marge de la société, errant jour et nuit qui préfère le faire en étant payé et se retrouve ainsi au volant d’un « yellow cab ». Cet écorché vif qui va d’abord chercher à renouer avec la société, va rapidement en être écarté et il n’aura alors plus que l’obsession de la détruire. De Niro interprète brillamment Travis Bickle. L’acteur, qui sort du "Parrain II", explose dans ce film. « Are you talkin’ to me ? » devient instantanément culte.
Scorsese en parallèle dresse un autre portrait, celui d’une ville, sa ville, New York. Ses scènes de rues, avec cette faune newyorkaise, nous renvoient à certain cinéma européen – influence directe de la Nouvelle Vague – et le film participe pleinement au mouvement appelé Nouvel Hollywood, ce cinéma américain – à l’image de Travis Bickle – en marge, engagé dans une contre-culture. Le film, devenu un classique, est Palmé d’or à Cannes la même année. Indiscutablement le film préféré de la rédaction d’Abus de Ciné !

Mathieu Payan

 

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