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TWO LOVERS

Un film de James Gray

Histoire d'amour

New York. Leonard hésite entre suivre son destin et épouser Sandra, la femme que ses parents lui ont choisie ou se rebeller et écouter ses sentiments pour sa nouvelle voisine, Michelle, belle et volage, dont il est tombé éperdument amoureux. Entre la raison et l'instinct, il va devoir faire le plus difficile des choix...

Pour la première fois de sa carrière, James Gray n'aura pas attendu sept années pour nous proposer un nouveau film. En effet, seulement un an sépare la sortie de "la Nuit nous appartient" de ce "Two Lovers" inattendu. Inattendu, car si l'évènement est de taille (et il l'est !), ce n'est définitivement pas le seul changement notable à signaler chez le surdoué new-yorkais.

Car si c'est au sein de familles juives et/ou de la mafia russe que se déroulaient ses trois premiers films, noirs, la révolution n'est pas totale. La famille, cette entité si présente, parfois étouffante, souvent indispensable, est encore une fois le théâtre du drame conté, mais James Gray délaisse cette fois-ci les flingues, les uniformes et le sang, pour aborder ce thème si universel, si beau et si puissant : l'Amour. Amour d'une attendrissante mère juive (merveilleuse Isabella Rossellini, loin de l'hystérie d'un Lynch ou de l'étrange d'un Maddin) pour son paumé de fils ; Amour qui unit les trois protagonistes de ce drame dostoïevskien et irrigue leurs pensées jusqu'à s'immiscer en leur corps.

La structure de base de "Two Lovers" est celle d'une comédie romantique comme Hollywood en produit tant : Sandra aime Leonard qui aime Michelle (un garçon, deux filles, trois possibilités ?). En dramaturge averti, James Gray utilise ce canevas des plus classiques pour toucher du doigt ce malaise, cette sensation déchirante de ne pas avoir le choix, de ne pas être libre dans cet univers (une famille, une origine sociale) qui est le nôtre, thématique qui jalonne ses films depuis ses débuts, et trouve ici un accomplissement des plus émouvants.

Usant de la grammaire cinématographique avec une précision d'orfèvre, Gray projette ses magnifiques comédiens (immense Joaquin Phoenix, bouleversante Gwyneth Paltrow, et surtout - LA révélation du film - extraordinaire Vinessa Shaw) dans un constant jeu d'ombres et de lumières (toutes les scènes sur le toit notamment), sculptant ses cadres avec un amour de la composition parfaite, jouant sur les codes du thriller hitchcockien (la blonde ou la brune ?) pour mieux nous imprégner de cette histoire finalement si banale.

Et si la fin, faux happy-end terrifiant de compromission, vient nous bouleverser encore un peu plus, une image nous reste alors en tête : Leonard de dos, seul face à l'immensité de l'océan. Car quoi qu'il advienne, nous sommes toujours seuls face à l'immensité de l'Amour...

Frederic WullschlegerEnvoyer un message au rédacteur

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