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TRUE GRIT

Un film de Ethan Coen et Joel Coen

Immense Jeff Bridges

Une jeune fille de 14 ans, Mattie, décide de partir à la recherche de l'assassin de son père, un certain Tom Chaney. Culottée et fine « négociatrice », elle parvient à tirer de l'argent de celui qui était sensé assurer la sécurité des chevaux de son père, ce qui lui permet d'engager, non sans mal, un ancien Marshall, Rooster Cogburn, menteur en diable, mais connu pour ses capacités à retrouver n'importe qui...

Les frères Coen ont décidé de placer leur nouveau film, un western, remake de « 100 dollars pour un Sherif » avec John Wayne, au cœur d'un hiver, qui a le mérite de rendre extrêmement graphiques les paysages travsersés (voir le champs d'arbres dénudés et tordus par le vent dans lequel Bridges et Hailee Steinfeld attendent la mystérieuse personne qui les suit), mais aussi de souligner l'aridité des terres comme des coeurs, chaue personnage jouant pour son propre camp, les alliances n'atant que de façade, se faisant et se défaisant au gré des intérêts de chacun.

Au milieu de ces contrées masculines, cette portion de pays encore sauvage dans laquelle va se dérouler la traque du meurtrier, un jeune vecteur de relations, la jeune Hailee Steinfeld (formidable mélange d'effronterie, naïveté et d'une incroyable volonté à l'apparence sereine) vient perturber les jeux du chat et de la souris auxquels se livrent les hommes, les vrais. Ses premières rencontres avec celui qu'elle a elle même choisi pour être son « chaperon » dans sa poursuite de justice son assez croustillante (les toilettes, le tribunal...). En évitant de trop jouer sur l'opposition entre jeunette et vieux grincheux, les Coen évitent la sensiblerie et réussissent une peinture très rude du far west, préférant montrer que la petite sait très bien dans qu'elle monde elle vit. Maline, elle ira même jusqu'à tenter de flatter le marshall en lui affirmant qu'elle a entendu parler de lui comme étant un homme de grande intégrité (« who's got True Grit »).

On reconnaît surtout la touche des frères Coen dans la peinture sans concession qu'ils font des excès des hommes de l'époque, rustres et égoïstes, rugueux et virils, rivaux violents et enfantins qui n'hésitent pas à se ridiculiser dans leurs jeux de coqs de basse-cour. La scène où Bridges tente de démontrer à Damon que l'alcool n'influence en rien sur sa capacité à tirer correctement est un monument de comédie, sous-tendu par les pitreries de Jeff Bridges et les plans instables en contre-plongée que composent les Coen. La galerie de personnages décrite au cours du métrage est en tous impressionnante, du médecin charlatant arracheur de dents vêtu d'une peau d'our intégrale, au tueur Josh Broslin qu'on attend bien plus animal, en passant par le Texas Rangers Matt Damon, toujours impeccable et fortement susceptible quant à sa charge et ses origines.

Bavard, le film est aussi ponctué de moments de tension soudaines, parfaitement réussis. Le guet-apens autour de la maison, la fusillade à quatre contre un dans un champs, et surtout le dénouement hyper violent d'un interrogatoire mené avec deux brigands bien connus du Marshall, sont autant de montées en puissance que le spectateur se prend en pleine tête. Il faut dire que les réalisateurs de « Fargo » ou « No country for old men » jouent à merveille du contraste entre ambiances apparemment détendues et fulgurances de violence. Présenté en ouverture du Festival de Berlin (où il est en compétition), parmi les outsiders potentiel des prochains Oscars, le « True Grit » des frères Coen l'emporte par un final plutôt inattendu et un épilogue « 25 ans après », qui font d'un coup surgir une émotion jusque là simplement sous-jacente. Jeff Bridges, lui, confirme son immense carrure, un an après son Oscar du meilleur acteur.

Olivier BachelardEnvoyer un message au rédacteur

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