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THE WONDER

Un film de Sebastián Lelio

Ne pas s’attendre à un miracle

En Irlande en 1859, une infirmière anglaise est convoquée dans un minuscule village du nord du pays afin d’effectuer une surveillance d’une jeune fille présentant un comportement très anormal : elle aurait apparemment survécu sans nourriture pendant des mois. Anomalie médicale… ou miracle bien réel ?

The Wonder film movie

Sortie le 16 novembre 2022 sur Netflix

« Ceci est un décor du film "The Wonder". Ceux qui ont participé à ce film ont mis toute leur croyance dans cette histoire. Nous avons plus que jamais besoin d’histoires. Aussi, nous vous demandons de croire en celle-ci ». Voici ce que l’on entend dès le plan d’ouverture du nouveau film de Sebastián Lelio ("Une femme fantastique","Gloria"), avec, en arrière-plan, un décor dont l’artifice est d’entrée dévoilé. Un artifice méta qui nous met sur la défensive en moins d’une minute, et ce pour une raison très simple : croire en une histoire est une chose, inciter quelqu’un à croire à une histoire en est une autre. La très mauvaise idée qui inaugure "The Wonder" tient ainsi dans cet aveu déguisé – que l’on suppose involontaire – d’un réalisateur qui semble ne pas croire en sa capacité à laisser parler sa mise en scène pour favoriser la croyance en son histoire, et ne pas croire non plus en celle de son spectateur à s’immerger dans cette histoire pour en épouser la diégèse, assimiler les enjeux et tester son potentiel de croyance. On répète le mot « croyance » parce qu’il n’est question que de cela dans cette adaptation du roman d’Emma Donoghue, et aussi pour signaler à quel point cette fausse bonne idée de départ, tout sauf audacieuse parce que sans lien direct avec le reste du métrage, scelle d’entrée le sort fatal du film en nous plaçant non pas « dedans » mais « dehors ». Ou comment la mise à distance supplante la mise en scène.

À cause de cet avertissement inaugural, les 103 minutes à venir contraignent le spectateur à une position statique, mutique, privé qu’il est du moindre dialogue avec une intrigue grillée d’avance dont on ne met pas bien longtemps à deviner la construction faussement duplice. Rien que sur la remise en cause et la mise en perspective de toute forme de croyance fantasmatique, Lelio n’arrive jamais à la cheville de ce que William Friedkin avait su remarquablement façonner avec "L’Exorciste". En outre, d’un bout à l’autre, il insiste trop sur le signifiant (la symbolique propre au thaumatrope est ici ressassée et surlignée avec une insistance suspecte) et s’attarde trop souvent sur des phases d’aération qui allègent moins le récit que sa matière thématique (tous les plans où Florence Pugh marche dans les Highlands ont l’air de servir uniquement à remplir les trous du script). D’autant que le récit lui-même compte moins sur les jeux de lumière et la reconstitution historique (très jolis mais très accessoires) que sur des dialogues ânonnés trop lentement (parce qu’il faut appuyer dessus pour nous faire rentrer une idée dans la tête ?). Tout juste peut-on saluer un joli travail sur la bande-son, qui perce le réalisme du cadre par des voix stridentes à la Penderecki – on sent un beau contraste avec les images. Mais cela ne sauve en rien le résultat : une fois que la scène finale reboucle l’intrigue sur son origine métatextuelle en nous sortant face caméra le petit papier explicitant la grille de lecture du film, on sait bien que la croyance n’était pas notre affaire mais celle d’un réalisateur qui a cru bon de nous imposer la sienne. Pas de miracle possible, dans ce cas-là.

Guillaume GasEnvoyer un message au rédacteur

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