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GLORIA BELL

Un film de Sebastián Lelio

Une mise en scène intéressante, mais un film manquant de propos

Gloria Bell est une femme mûre divorcée. Ses enfants ont quitté la maison, mais elle n’a aucune envie de passer ses jours et ses nuits seule. Déterminée à défier l’âge et la solitude, elle s’embarque dans un tourbillon de fêtes dans des boîtes de nuit de Los Angeles, où elle finit par rencontrer un soir Arnold…

Gloria Bell film image

Après avoir réalisé les deux longs métrages que sont "Une Femme Fantastique" et "Désobéissance", Sebastian Lelio revient à l’histoire de "Gloria" (sorti en 2013), une néo-sexagénaire voulant redécouvrir les plaisirs de la vie, qui avait fait parlé d’elle à Berlinale en valant l’ours d'argent de la meilleure actrice à Paulina García. Cinq ans plus tard, le revoilà donc avec le même film, cette fois ci sous le pavillon de l’auto-remake américain.

Concernant l’histoire, elle reste identique à l’original de 2013, et ce jusqu’aux dialogues pour certains d’entre eux. Les spectateurs ayant vu "Gloria" n’auront donc pas grand-chose de neuf à se mettre sous la dent, face à cette nouvelle version, hormis des variantes dans la mise en scène, sur laquelle nous reviendrons plus tard. Reste que la transposition aux États-Unis est bien faite, avec quelques thématiques assez pertinentes sur leur système, que ce soit au niveau des assurances et de la retraite, des défis écologiques face aux défis économiques, ou encore concernant la relation entre le pays et ses anciens marines, à travers le personnage d’Arnold.

Malheureusement, ces thématiques, bien qu’intéressantes, ne sont qu’effleurées par le film et jamais approfondies. Mais là où le bât blesse encore plus, c’est que même la thématique principale du film, à savoir la redécouverte de la vie chez une femme mûre et son épanouissement, n’est pas satisfaisante. La faute à un manque d’évolution des personnages. En effet, quel que soit le personnage, il n’y a pas de réelle différence entre le début et la fin de leurs arcs narratifs respectifs. Tous finissent dans la même situation qu’au début de l’histoire, et pire, aucune leçon n’est vraiment apprise, que ce soit du côté de Gloria, qui s’assume déjà pleinement dès le début du film, ou d’Arnold qui n’évoluera finalement pas. En résulte une sensation d’un manque de propos clair du film, dont on ne comprend pas très bien la finalité, ni ce que son auteur a voulu transmettre, si ce n’est un simple portrait d’une femme à un moment donné de sa vie.

Cette sensation est d’autant plus accentuée par l’inutilité de certaines scènes, notamment celles avec la collègue de travail de Gloria, ou encore (mais dans une bien moindre mesure, ces scènes ayant tout de même un certain symbolisme) celles par rapport au voisin de Gloria, en particulier lorsque ce dernier laisse un paquet sur le seuil de la porte de celle-ci, qui semble l’affecter particulièrement, mais qui n’est jamais visible (la scène étant nocturne). Un objet dont on ne reparlera plus après, rendant le spectateur d’autant plus perplexe.

Si l’écriture est donc un peu décevante, la mise en scène elle, est plutôt travaillée et intéressante. L’isolement de Gloria est particulièrement bien retranscrit, Sebastian Lelio la filmant souvent avec des plans fixes assez long, ne nous épargnant pas les moments de silences, voire même à certains moments, nous refusant le contre champs lorsque celle-ci interagit avec un autre personnage, ce qui est plutôt astucieux. On notera aussi dans le montage la présence de Jump Cut (comme dans certaines œuvres de Godard par exemple), qui maintiennent Gloria seule dans l’espace (via le cadrage) et le temps (via le jump cut donc, qui représente un saut dans le temps).

L’autre point fort de la mise en scène réside dans l’utilisation de la musique, et en particulier des musiques additionnelles. En effets celles-ci sont toutes diégétiques et écoutées par le personnage de Gloria. Sebastian Lelio les utilise pour caractériser l’état de son personnage, comme par exemple quand elle rencontre pour la première fois Arnold sur Ring my Bell d’Anita Ward, qui nous esquisse donc ce qui va arriver dans la scène suivante, ou encore comme la reprise en anglais de Gloria d’Umberto Tozzi (déjà présente dans le film original et interprétée ici par Laura Branigan) lors de la scène de fin. Mais l’utilisation la plus originale de la musique, reste celle de la sonnerie du téléphone de Gloria, lorsqu’Arnold tente de la joindre vers la moitié du film. La sonnerie, étant diégétique par définition, va retentir avec des intervalles de temps au montage de plus en plus court, jusqu’à devenir continue. On assiste alors à un passage d’une musique diégétique à une musique extra-diégétique, marquant ainsi le harcèlement que subit le personnage incarné par Julianne Moore.

Enfin, les acteurs sont tous parfaits de bout en bout du long métrage. Julianne Moore est toujours aussi envoûtante, John Turturro extrêmement convaincant, et le jeu du reste du casting reste constamment juste. Pour conclure, "Gloria Bell" reste un film intéressant dans sa mise en scène, mais d’écriture un peu faible de par un manque de véritable propos, ce qui est d’autant plus dommageable que ceux ayant vu l’original de 2013, n’auront pas l’effet de surprise, l’histoire étant la même.

Ray LamajEnvoyer un message au rédacteur

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