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LA TAUPE

Un film de Tomas Alfredson

Une adaptation de John Le Carré terne et complexe

1973. Un espion britannique, Jim Prideaux, est envoyé en mission à Budapest (Hongrie). Alors qu'il s'assoit à un café avec un général supposé lui remettre certaines informations, il est victime d'un guet-apens et est abattu. À Londres, celui qui a donné l'ordre, le chef du MI6 (surnommé « Le cirque ») est mis sur la touche. L'un de ses anciens agents, est appelé en secret par le gouvernement, pour démasquer la taupe, qui se cache à la tête du « cirque »...

Le mot qui vient le plus à l'esprit à la vision de « La taupe » est certainement « crépusculaire ». À l'image de certains westerns où les cowboys sont fatigués voire condamnés, où l'Ouest n'est plus ce qu'il était, ce film d'espionnage déterre une époque de Guerre Froide, durant laquelle les espions semblaient avoir perdu de leur superbe, leurs champs d'action restant limités à l'intérieur de bureaux aux couleurs tristes et délavées. Loin du sensationnel des aventures trépidantes d'un James Bond ou d'un Jason Bourne, le nouveau film de Tomas Alfredson, réalisateur remarqué de « Morse » (Grand prix à Gérardmer en 2009), « Tinker, tailor, soldier, spy », du surnom des quatre dirigeants du « Cirque » sur lesquels portent les soupçons, est une très complexe histoire d'enquête interne, mettant en scène un nombre impressionnant de personnages, malheureusement tous traités au même niveau, histoire de ne donner aucune piste claire au spectateur.

Adapté d'un roman de John Le Carré, « La taupe » est un film clinique et sans relief, certainement plus proche de la réalité que les épisodes de la série Jason Bourne, mais cependant à des années lumière de provoquer le même intérêt. Rien de trépidant ici. Les discussions avec les uns puis les autres s’enchaînent. Les souvenirs de l'âge d'or du groupe, des amitiés passées, entrecoupent certaines scènes, montrant une complicité qui n'est plus. Les états d'âme des agents sont passés au crible. Le tout dans une regrettable absence de rythme, qui plombe l'ensemble du film. Si quelques plans sont magnifiques (la vue des archives depuis l'extérieur... comme signifiant l'organisation matérielle implacable, que la désorganisation humaine vient salir), le tout semble d'un terne absolu, peut-être pour mieux signifier que les hommes de ce monde-là n'ont plus vraiment de vie (et donc pas d'entourage ou d'environnement vivant).

Restent les cinq dernières minutes, sous forme de règlement de comptes douloureux, avec en fond sonore une version revue et corrigée de « La Mer » de Charles Trenet. Un dénouement qui met en évidence toute l´humanité perdue au passage de ces hommes, confrontés quotidiennement aux luttes de pouvoir. Hormis cela, la complexité de l'intrigue ne trouve pas, dans le long métrage (2 h 07 ici), un format adapté à l'ampleur de l'intrigue, développée en 1979 sous forme d'une mini-série de sept épisodes mettant en scène Alec Guiness dans le rôle de Gary Oldman. Un paradoxe étrange, puisque le film paraît pourtant proprement interminable.

Olivier BachelardEnvoyer un message au rédacteur

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