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REVOIR PARIS

Un film de Alice Winocour

D'une incroyable finesse

Paris. Mia, traductrice en russe, vient d’intervenir à France Culture. Elle retrouve son compagnon pour dîner. Un repas vite écouté, car celui-ci, chef de service à l’hôpital, est appelé en urgence. Après un orage, elle s’installe dans un café. Mais lorsqu’elle revient des toilettes, des tirs éclatent soudain. Elle n’en réchappera qu’en se faisant passer pour morte. Trois mois plus tard, revenue à Paris, elle est pressée que la cicatrice qu’elle porte, puisse rapidement faire l’objet d’une chirurgie plastique. Mais il lui faudra encore attendre sept longs mois pour cela…

Revoir Paris film movie

"Revoir Paris" est un récit de retour à la vie, absolument saisissant, évoquant les attentats du 13 novembre 2015 à Paris, sans pour autant citer de lieu ou de date précise. Mia, traductrice, revient à Paris, trois mois après avoir été coincée dans un café par des terroristes armés. Elle a eu de la chance et sans doute les bons réflexes, ce qui lui a permis de survivre. Elle est d’ailleurs en apparence pressée, elle voudrait bien « passer à autre chose », voyant la chirurgie plastique comme la dernière étape d’une reconstruction physique qui se fait attendre, comme si on pouvait effacer ainsi une blessure qui n’est pas qu’en surface. Et c’est justement sa reconstruction morale qui va ici intéresser Alice Winocour, l’auteure de "Augustine", "Proxima" et "Maryland".

Repassant devant le café où a eu lieu l’attaque, elle va entrouvrir malgré elle la porte d’une mémoire qui s’est brouillée, avant de découvrir qu’une association se réunit régulièrement sur les lieux, aidant ainsi chacun à faire le deuil ou à reconstituer le cours des événements. Par petites touches, le scénario d’Alice Winocour, d’un incroyable tact, construit des parallèles entre le moment présent et des bribes du passé (un gâteau d’anniversaire qui rappelle la table voisine…) puis vient évoquer les souvenirs des autres ceoncernant cette nuit, la fille comme le mari, avant de s’intéresser par vagues, aux victimes. Pour questionner la manière dont chacun aurait réagi dans la même situation, renvoyant ainsi le spectateur à sa propre potentielle lâcheté, ou simplement à sa priorité naturellement donnée à sa propre vie, elle met face à son personnage une femme qui affirme savoir ce qu’elle a fait ce soir-là, un touriste australien qu’elle a embrassé pensant que c’était leurs derniers instants, mais aussi un cuisinier qui l’aurait aidée. Trois éléments autour desquels commencer à reconstruire une chronologie, d’un moment traumatique que le cerveau a occulté, sans doute par défense.

Parmi les quelques films déjà présentés en festivals et traitant des attentats de novembre 2015 ("Un año, una noche" à Berlin autour du Bataclan, "Novembre" à Cannes autour de la traque des terroristes), "Revoir Paris", passé par la Quinzaine des réalisateurs, se distingue nettement par ses multiples niveaux de lecture et l’émotion qui affleure en quasi permanence. Le formidable scénario d’Alice Winocour concrétise non seulement la solitude des victimes, mais aussi le besoin de verbaliser ces événements, afin de pouvoir avancer. Il place ainsi aux côtés de son personnage principal, un homme esquinté physiquement, interprété avec douceur par Benoît Magimel. Mais au-delà, elle aborde l’envahissement du quotidien par la peur, l’impossibilité pour les proches d’aider, créant ici des tensions avec le compagnon comme avec leur fille, ceci tout en évitant toute stigmatisation et en soulignant habilement le rôle des migrants dans l’économie française. Un film d’une intelligence rare, que porte également sur ses épaules une Virginie Efira plus vivante et vibrante que jamais, composant derrière une façade ébranlée, une femme d’une volonté et d’une force impressionnante.

Olivier BachelardEnvoyer un message au rédacteur

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