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RAYA ET LE DERNIER DRAGON

Repenser la princesse Disney

Kumandra est un royaume divisé, sans magie et sans dragon. Mais c’était un monde apaisé jusqu’à ce que les hommes amènent une nouvelle fois des monstres sur terre. Raya, une guerrière solitaire, part alors en quête de la dernière dragonne encore vivante : Sisu…

Raya et le dernier dragon film animation animated movie

Sortie le 04 juin 2021 sur Disney+

"Raya et le dernier dragon", sous ses airs de ne pas y toucher, est un film innovant à plusieurs égards, et un film qui ne craint pas la comparaison avec l’autre grand film asiatique de Disney, dont la nouvelle itération n’est pas si ancienne : "Mulan".

"Raya et le dernier dragon" est un film de son temps, il n’y a que des personnages féminins, sans que cela ne semble pour autant une contrainte intégrée aux forceps dans l’intrigue. Ici, les filles se battent, quel que soit leur âge, contre des hommes ou entre elles sans que cela ne pose le moindre souci. On notera d’ailleurs le très bon parcours de l’antagoniste de Raya : Namaari, un très beau personnage de méchante qui saura surprendre le spectateur à plus d’une reprise (y compris dans sa relation avec sa mère).

Mais ce n’est pas cela qui est réellement innovant avec Raya. Ce qui change dans ce film, c’est que la princesse n’est pas du tout la protagoniste. Raya n’est pas le personnage principal de l’histoire. Elle est l’une de celles qui évoluent le plus, mais elle fait d’avantage office de conseiller que de réel héro. Si elle va apprendre beaucoup au contact de Sisu, ce n’est pas elle qui va le plus agir, au contraire.

Le film de la survie de Raya est ellipsé, son combat solitaire, dont elle est sortie victorieuse, n’est jamais montré dans le film, et c’est peut-être l’une des plus grandes innovations du projet. Il ne s’agit pas ici de présenter une héroïne qui survit par la seule force de ses bras et de son intelligence. Raya est arrivée au bout de sa course, et c’est par et avec les autres qu’elle pourra continuer. Aussi forte et aussi maline qu’elle soit, elle n’est tout simplement pas capable de toute faire toute seule, alors que d’autres peuvent l’aider. Ne plus faire confiance à personne n’est pas une option, surtout au contact de Sisu, qui a plutôt tendance à faire beaucoup trop confiance à tout le monde (une naïveté qui ne restera pas sans conséquence non plus). Raya devra apprendre à lâcher prise et à accorder le bénéfice du doute, même à ceux qui l’ont trahis. Cette complexité du personnage, ainsi que son statut secondaire, est une véritable nouveauté, qui montre qu’il est possible de construire des récits épiques en proposant un autre modèle que celui du héro solitaire.

Raya et Sisu, avec le reste de leur groupe, vont, l’une comme l’autre apprendre à se servir des forces des autres pour tenter de rassembler les peuples divisés et vaincre les monstres qui sont en train de réduire leur monde en cendres.

Mais "Raya et le dernier dragon", c’est aussi toute une galerie de personnages secondaires aussi drôles que touchants, et des Dragons volants souples et graciles, pleins de couleur, de douceur et de fun. Des êtres formidablement gentils, aux pouvoirs infinis, tous plus étranges les uns que les autres. Ces êtres magiques sauront émerveiller les plus petits mais laisseront peut-être sur leur faim ceux qui sont allé voir ce film car ils espéraient y trouver des disciples de Croc-Mou. On notera de plus la présence inédite d’insectes qui pètent des feux d’artifice, chose rare, à la fois absurde, drôle et très belle.

Pour conclure, un petit point animation : les décors et les costumes sont très soignés dans "Raya", chaque royaume développe un univers, un style graphique et une gamme de couleurs spécifique, ce qui est très réussi. Les designs des personnages sont très modernes, tout en respectant une certaine tradition des grands yeux, parfaits vecteur d’émotion. Enfin, on peut féliciter la magnifique animation de Sisu, dont le corps fluide virevolte dans l’air de façon sublime. On peut aussi féliciter les très belles scènes de combats, très rythmées, très athlétiques et en même temps très lisibles.

Thomas ChapelleEnvoyer un message au rédacteur

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