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NOS SOUVENIRS

Un film de Gus Van Sant

Quand Gus Van Sant s'égare

Un homme laisse sa voiture dans un parking avec les clés dessus. Il prend un vol aller simple pour le Japon. Une fois sur place, il se rend dans la forêt d’Aokigahara, située au pied du mont Fuji, et empreinte un sentier fermé à l'entrée duquel figure un avertissement enjoignant les promeneurs à « penser à la vie »...

Connaissant Gus Van Sant (Palme d'Or en 2003 pour "Elephant", auteur du déchirant "Restless"), il est bien difficile de comprendre ce qui a pu l'attirer dans cette histoire de suicide d'un Américain, prêt à mourir en forêt, qui s'avère aussi bien pensante que tournée vers le spirituel. Car dans "La Forêt des songes", lieu réputé pour être un « parfait endroit pour mourir », avant d'être question de mort, il est avant tout question de légendes (une fleur est ici un lieu où une âme a « traversé » vers l'autre monde), d'esprits (les tamashii) et de pardon. Ainsi, c'est au voyage intérieur, vers l'expiation de la culpabilité ressentie par le personnage principal, après moult souffrances (des chutes, plus ou moins sérieuses), que nous convie le scénario, aussi poussif que les flash-back présentant les déchirements de son couple sont convenus.

Introspectif autant que contemplatif, le film, présenté en compétition au Festival de Cannes 2015, a cependant de quoi séduire par la beauté lugubre des paysages forestiers et rocailleux qui s'offre à nous. Versant dans un onirisme tout oriental, le scénario de Chris Sparling (publié sur The black list en 2013, sorte de bourse aux scénarios non produits), esquisse une confrontation des deux cultures, au travers de la rencontre de cet Américain décidé à en finir (Matthew McConaughey, habité) avec un Japonais blessé (Ken Watanabe, sans réelle substance). Allant même jusqu'à évoquer les miettes de pain de Hansel et Gretel, ou les cailloux du Petit Poucet, sous forme de boulettes de papier, le film se perd dans ses vaines références, et en devient progressivement risible.

D'autant plus que cette histoire vire au récit moraliste (une chose très étonnante de la part de l'auteur) voire presque christique. Ce parcours d'un homme vers sa rédemption, recèle de multiples paraboles (la recherche du bon chemin...) et fait appel au spirituel qui sommeille en chacun. Il n'en possède cependant pas moins une ambiance troublante, où la perte de repère ne passe par aucun effet de mise en scène. Un bon point pour un film qui fait malheureusement une montagne, d'une crise de couple pourtant des plus banales en apparences.

Olivier BachelardEnvoyer un message au rédacteur

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