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NOS FRANGINS

Un film de Rachid Bouchareb

Un hommage nécessaire mais rarement émouvant !

Durant la nuit du 5 au 6 décembre 1986, deux jeunes français d’origine algérienne sont tués. Dans ce contexte de révolte estudiantine, les forces de l’ordre vont essayer d’étouffer les deux affaires au maximum. Car le seul lien semblant exister entre les deux est simple : les bavures policières…

Nos frangins film movie

Hasard (ou non) du calendrier, alors que vient de sortir sur les écrans télévisés des abonnés Disney+, une série sur l’affaire Malik Oussekine, sobrement intitulée "Oussekine", le réalisateur d’"Indigènes" et "Hors-la-loi" a lui aussi décidé de s’attaquer à ce dramatique épisode.

Poursuivant son exploration de la douloureuse Histoire, celle qu’on préfère ignorer plutôt que de la commémorer pour apprendre de nos erreurs, le cinéaste revient sur un évènement quasiment tombé dans l’oubli avant cette année 2022. Nous sommes dans la nuit du 5 au 6 décembre 1986. Les espoirs de 1981 ont été balayés, la promesse d’un jour meilleur pour toute cette communauté d’origine maghrébine évaporée ; la « marche des beurs », un lointain souvenir où la déception est venue remplacer la nostalgie. La réforme Devaquet des universités est, elle, venue mettre le feu au monde étudiant, créant un mouvement d’opposition important face à ce projet de loi qui voulait imposer une sélection drastique à l’entrée des facultés.

Malik a beau être toujours scolarisé, il n’a jamais rejoint ces manifestations. Durant cette soirée tragique, il s’était même rendu à un concert de jazz, comme il en avait l’habitude. Loin de l’effervescence de la rue qui gronde, le jeune homme profite de cette parenthèse pour se déhancher, oublier son quotidien. Lorsqu’il sort du club, la réalité va lui gicler à la figure, celle d’un pays où un garçon né de parents algériens n’est pas considéré comme français. Des policiers. Un regard. L’obligation de fuir. Être au mauvais endroit au mauvais moment… Pourchassé par des forces de l’ordre dopées à la violence, Malik Oussekine sera roué de coups dans le hall d’un immeuble où il avait espéré trouver refuge, battu à mort pour avoir été sur un trottoir une nuit où des émeutes avaient embrasé la capitale.

Si la série développait en près de quatre heures les circonstances du drame et le deuil impossible de la famille, jusqu’au procès des personnes impliquées, le film est lui plus resserré, sur quelques jours, lui permettant de mettre en parallèle le destin de Malik Oussekine avec celui de Abdel Benyahia, autre gamin tué par un officier (ivre et hors-service), symbole d’une période où la couleur de peau valait preuve de culpabilité, quand bien même aucun de leurs faits et gestes n’était répréhensible. Malheureusement, si l’objet télévisuel concocté par Antoine Chevrollier (réalisateur de nombreux épisodes de "Baron Noir" et "Le Bureau des Légendes") bénéficiait d’une mise en scène et d’un travail de reconstitution saisissants, le métrage est lui plus maladroit, peuplant son récit d’images d’archives mal amenées et souffrant d’un manque de rythme.

"Nos Frangins" se rêve avant tout comme une œuvre politique, éminemment engagée. Si les intentions de Rachid Bouchareb ne sont pas questionnables, le résultat l’est plus. Car en s’efforçant de s’attaquer aux institutions plus que de retracer les tourments de ces familles, le film en devient presque trop mécanique et désincarné, suscitant un émoi relatif, sans commune mesure avec la brutalité des évènements. Les protagonistes errent ainsi comme des archétypes (du père dépassé au frère révolté, en passant par le flic ripoux, taiseux et forcément en imperméable) au cœur d’un scénario où les velléités pamphlétaires effacent régulièrement l’émotion. Quelqu’un pour relancer le débat entre film et série ?

Christophe BrangéEnvoyer un message au rédacteur

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