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HORS-LA-LOI

Un film de Rachid Bouchareb

Un film pour la mémoire, qui ne restera pas dans nos mémoires

Dans les années 50, Abdelkader, Messaoud, Saïd et leur mère émigrent en France après la mort du père de famille. Logés dans le bidonville de Nanterre, les trois frères suivront des voies différentes. Saïd devient un petit malfrat. Abdelkader rejoint le Front de libération nationale (FLN) qui prône la lutte armée et fait de Messaoud un tueur chargé de décimer les rangs du mouvement rival, le Mouvement national algérien (MNA), jugé trop modéré par le FLN. Saïd rejoindra bientôt les rangs de la lutte armée à son tour...

L’un des films les plus attendus du Festival de Cannes 2010 sort enfin sur nos écrans. Quatre ans après un prix d’interprétation collectif mérité pour « Indigènes », Rachid Bouchareb reprend les mêmes mais ne recommence pas exactement. Bouajila, Zem et Debbouze sont ici trois frères meurtris par la Guerre d’Algérie et qui se lancent dans une lutte sur le territoire français, dans les rangs du Mouvement pour l’indépendance de l'Algérie, qui sème la peur et les morts derrière ses attentats.

Voulu comme une grande fresque au propos universel, Bouchareb accouche juste d’un western moderne croisé avec un film de gangsters des années 30 et dont la qualité ne resplendit pas de bout en bout du film. La faute certainement à une démultiplication des genres, qui déstabilise l’œuvre, le spectateur étant balancé entre film social, politique et chronique familiale, entre grande fresque romantique et épopée historique. Il ne choisit jamais entre vérité et romance, alors qu’avec un tel sujet il flirte constamment avec l’Histoire. Celle avec un grand H. Celle de la France coloniale frappée par ses enfants spoliés. Celle qui crée encore aujourd’hui la polémique.

Le début du film est remarquable quand, en Algérie, il pose les fondements de son scénario. Il retrace des événements restés longtemps tabous et minorés par nos livres d’histoire, dont ceux de Sétif qui vont devenir les motifs de vengeance et les justificatifs de violence. Ceux-là même qui d’une manière générale sont pour Bouchareb un symbole, universel, d’autres drames de notre monde.

Si le scénario a l’excellente idée d’explorer les ambiguïtés des mouvements terroristes qui se font la guerre entre eux, mais aussi celles des forces françaises qui ne pratiquent pas les mêmes méthodes d’investigation (barbares pour certaines, justes pour d’autres), on reste sur notre faim côté cinéma. Nos comparses se connaissent-ils trop tous les quatre ? Se sont-ils laissés aller à un satisfecit qui les a limité en termes de créativité et d’autocritique ?

Dans tous les cas, si cette superproduction affiche à l’écran son superbudget de 20 millions d’euros, on se demande où est la création, où sont l’émotion et l’amour du cinéma ? Le film déçoit autant dans la mise en scène que dans l’interprétation. Le spectateur est partagé entre la force et la richesse de l’histoire et le vide d’émotion autour des personnages principaux.

Mathieu PayanEnvoyer un message au rédacteur

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