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NI A VENDRE, NI A LOUER

Un film de Pascal Rabaté

A se pendre ou à éviter

Un couple, embarqué dans une voiturette sans permis, se rend sur la côte Atlantique pour un week-end de détente. Sur place, une famille installe une tente, un couple reste au pied de sa caravane, un homme se rend à l’hôtel voisin de la plage, un autre homme tente de rattraper son cerf-volant avec une belle inconnue… la vie quoi !

L’idée était pourtant bonne. C’est un peu ce qu’on se dit en sortant de la salle de cinéma après la projection du second film de Pascal Rabaté, « Ni à vendre, ni à louer », le réalisateur sortant tout juste d’un joli succès d’estime pour son premier long « Les Petits ruisseaux » (2010). Rabaté interpelle d’ailleurs son fidèle spectateur avec une jolie transition, puisque son nouveau film démarre sur les chapeaux de roue d’une mini-voiture à toute zingue (soit 20 ou 30 km/h) !

Ce sera malheureusement, à peu de chose près, la vitesse de croisière qui rythmera « Ni à vendre, ni à louer », laissant le spectateur se languir sur son siège entre deux sketches qui, sur une échelle de « Rire-chter » va de rigolo (parfois) à affligeant (souvent).

Mais pourquoi l’idée était-elle bonne, me direz-vous ? Parce que Pascal Rabaté a eu l’audace de faire un film quasi muet, en forme d’hommage à Jacques Tati, tout en proposant à ses comédiens un nouveau moyen d’expression : le corps. Quel acteur n’a pas rêvé de faire passer l’envie, l’autorité, la colère, la séduction, par un geste, un regard, plutôt qu’un long discours ? Cette obsession de Rabaté (le corps, mais le cul aussi !) est mise en exergue dans des chorégraphies rigolotes (parfois) ou affligeantes (souvent).

Car la poésie à la Tati est annihilée par un manque cruel d’empathie envers les personnages du film qui ne nous renvoient qu’une image de pantins froids et distants dans un décor désert et sans vie du Croisic. Ils sont pourtant nombreux ces couples qui passent un week-end en bord de mer. Dans ce film choral, on retiendra les lesbiennes punks, les amants de la chambre d’à côté, les chercheurs de cerfs-volants, les lourdingues joueurs de golf ou encore le vieux couple qui ne se parle qu’à travers le Scrabble…

Dans ce pays imaginaire, c’est à la France d’en bas, celle qui se lève tôt, que Pascal Rabaté veut rendre hommage. Le problème, c’est que, traitées ainsi, ces vies de prolos ne font pas envie et on sort du film avec un goût amer, en se disant que « Ni à vendre, ni à louer » n’a ni réussi à nous replonger dans l’âge d’or du muet, ni n’est parvenu à nous baigner dans l’esprit burlesque de Tati… Le film, au final, n’est ni à voir, ni à recommander…

Mathieu PayanEnvoyer un message au rédacteur

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