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DU GOUDRON ET DES PLUMES

Un film de Pascal Rabaté

Verdict : tout est dans le titre !

La ville de Montauban se prépare pour le fameux Triathlon de l’Été, une compétition populaire diffusée à la télévision. Christian, commercial divorcé et escroc aux petites combines, ne vit que pour sa fille de 12 ans, qui participe au Triathlon en tant que majorette. Il décide d’y participer aussi, par amour pour elle et aussi pour Christine, mère célibataire et enceinte, qui le pousse de son côté à prendre un nouveau départ…

Les créateurs de BD qui passent à la réalisation, soyons francs, ça ne marche qu’une fois que cinq. Ces derniers temps, pour un Riad Sattouf qui passe l’examen avec mention ("Les Beaux gosses"), le reste investit de plein fouet la bande des recalés, tantôt par la retranscription stricto sensu d’un découpage de bande dessinée, tantôt par le pompage plus ou moins volontaire de cinéastes réputés pour leur fantaisie. En seulement trois films, Pascal Rabaté aura réussi à combiner les deux défauts. Après avoir (mal) lorgné sur les terres de Jean Becker ("Les Petits ruisseaux") et de Jacques Tati ("Ni à vendre ni à louer"), le voilà qui mélange la composition symétrique des plans de Wes Anderson avec une peinture loufoque de la province qu’Alain Guiraudie n’aurait pas renié. Sauf que Rabaté n’a pas le quart du tiers de la moitié du talent de ces deux génies. Et que son troisième film se révèle encore plus creux et moins attractif que les deux précédents.

La simple lecture du scénario suffit amplement à nous coller une vilaine grimace sur le visage, tant celui-ci se limite à exploiter l’enjeu familial le plus éculé du système solaire (un père divorcé veut « reconquérir » l’attention de sa fille) et à y coupler une love story plus bancale tu meurs pour en rajouter quelques couches de plus dans l’émotion packaging. Le film aurait pu s’en sortir par la volonté de Rabaté à créer le décalage par un cadre finement composé et le sourire par des échanges verbaux parfois bordéliques. Hélas, à part deux scènes où l’excellent Zinedine Soualem fait passer la dépression pour une cure d’hilarité (la nôtre, pas la sienne), on s’ennuie ferme. La faute à une réalisation plate qui ne transcende jamais par l’image ce que le scénario contient de plus banal, et à des acteurs qui, à bien des égards, donnent l’impression de réciter leur texte sans réellement habiter leur rôle (même la belle Isabelle Carré fait presque figure de potiche). Quant à l’écriture psychologique, c’est encore pire, surtout en ce qui concerne le personnage de la fille : pleine d’admiration pour son père dans une scène, éhontée et colérique dans la suivante, avant de revenir toute câline dans la troisième. C’est juste n’importe quoi. Et malheureusement, le « bon » n’importe quoi, ça se travaille.

Guillaume GasEnvoyer un message au rédacteur

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