Parce qu'on en a jamais assez !

MOTHER AND CHILD

3 femmes

Trois femmes. Une vieille fille, infirmière, vit toujours en compagnie de sa mère, qui, malade, prend beaucoup de place dans sa vie. Elle ne supporte pas les enfants, encore moins l'envahissant morveux de sa femme de ménage latino, qu'elle amène régulièrement dans sa demeure sans lui demander la permission. Une avocate aux dents longues, la trentaine passée, a bien du mal à s'investir dans une quelconque relation avec un homme, quand elle ne se contente pas d'exploiter avec mépris les pulsions faciles de la gente masculine. Une jeune femme entreprend avec son mari des démarches pour adopter un enfant. Elle s'adresse à une institution religieuse et doit bientôt passer une « audition » auprès d'une fille-mère, désireuse d'abandonner son enfant à la naissance...

Grand prix du Festival du film américain de Deauville 2010, « Mother and child » est un poignant récit en forme de puzzle. Car si l'on s'interroge, on ignore tout de même un temps ce qui peut bien relier les trois femmes, toutes différentes, dont on suit les existences désenchantées de manière parallèle. Il y a d'abord la bosseuse célibataire, qui aime à se comporter comme les hommes qu'elle croise, en manipulatrice et en adversaire. Elle se laisserait bien séduire par son patron, beaucoup plus âgé (Samuel L. Jackson, classieux patron de cabinet...), mais ne serait-ce pas dans un but carriériste ? Il y a ensuite la célibataire endurcie, blessée par les hommes, recluse dans sa haine de façade, qui se définit elle-même comme « pas facile »... et qui aimerait avoir le courage de se laisser approcher par un séduisant médecin. Enfin, il y a la jeune idéaliste, issue de la minorité noire, qui sait ce qu'elle veut - un enfant - et ira jusqu'à une franchise suicidaire lorsque la mère porteuse lui demande si elle croit en Dieu. Car dans un pays comme les Etats Unis, l'aveu d'athéisme n'a rien d'évident, et s'avère prendre un risque...

Si l'on finit par deviner certaines choses à l'avance, c'est justement parce que chacune va bien entendu changer de regard sur la vie en générale, voire sur sa propre existence... Mais rien ne se passera certainement comme on l'aurait imaginé, car la subtilité du scénario de Rodrigo Garcia est de ne jamais faire se rencontrer ces personnages, dont les vies sont pourtant connectées, ou le seront... Le trio d'actrices, Naomi Watts, Kerry Washington, Annette Bening est tout simplement bluffant, la troisième décrochant par avance son ticket pour les prochains oscars, grâce à un rôle alliant agressivité de façade et tendresse. Sa jolie scène sur la pelouse, où elle retrouve enfin le sourire, se passe à merveille de dialogues et de commentaires. Il se dégage globalement, une tristesse infinie au travers des solitudes de ces trois personnages, dans leur manière d'être finalement coupés des autres. Et Rodrigo Garcia, dont le premier film était « Ce que je sais d'elle... d'un simple regard » et déjà réalisateur de « Fathers en son » a su les amener vers une évolution, non sans douleur.

Olivier BachelardEnvoyer un message au rédacteur

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